Plus de 150 000 personnes ont signé une pétition lancée par Laurence Brunet-Jambu contre le mécanisme de la confusion des peines, après que l’homme condamné pour les viols de sa fille Karine a été libéré au terme de seulement huit années d’incarcération sur une peine de trente ans de réclusion criminelle. Ce mardi 16 juin, en début d’après-midi, la mère et sa fille ont été reçues à l’Assemblée nationale par la députée Laure Miller, laquelle s’est engagée à déposer un projet de loi avant la rentrée parlementaire pour réformer cette règle juridique.
Un cas qui cristallise la colère
Karine était âgée de cinq ans au moment des faits pour lesquels Roland Blaudy a été condamné en 2018 à trente ans de réclusion criminelle. Mais l’homme n’a effectué que huit années de détention pour ces crimes, en raison de la confusion des peines. Ce dispositif permet de plafonner la durée d’incarcération d’un condamné lorsqu’il est jugé dans plusieurs affaires pour des faits de même nature. Or, Roland Blaudy avait déjà été condamné en 2007 à dix-huit ans de réclusion pour des viols sur de très jeunes enfants, dont sa propre fille. La confusion des peines a donc fait que les deux peines n’ont pas été cumulées, mais fondues en une seule durée maximale, permettant sa sortie anticipée.
L’agresseur a quitté la prison le 12 mai dernier, avec l’autorisation de s’installer à Rennes, ville où réside encore Karine. « Aujourd’hui, on m’impose cette personne dans ma ville, je n’ai pas le choix, on m’oblige (…) Je vais devoir changer ma vie par peur de le croiser, parce que le trajet que j’effectue pour me rendre au travail s’effectue quasiment où il va habiter », a dénoncé la jeune femme. « Il a bousillé une partie de ma vie, et aujourd’hui on le protège », a-t-elle ajouté.
Laurence Brunet-Jambu a exprimé son incompréhension dans un message adressé aux signataires de la pétition. « Malgré sa dangerosité, il est sorti le 12 mai, et a été mis dans un quartier plein d’enfants », a-t-elle déploré, appelant à une modification urgente de la loi.
Un rendez-vous politique décisif
Reçues par Laure Miller, les deux femmes ont donc porté leur revendication au cœur du Palais Bourbon. La députée a pris l’engagement de déposer un texte législatif avant la rentrée afin de supprimer la confusion des peines pour les crimes sexuels et les crimes de sang. Cette annonce constitue une première avancée concrète pour les victimes et leurs proches, qui dénoncent depuis plusieurs semaines ce qu’ils considèrent comme une double peine : celle de revoir leur agresseur libre, et celle de devoir adapter leur vie pour l’éviter.
Un mécanisme juridique contesté
La confusion des peines est une procédure qui permet, sous certaines conditions, de ne pas cumuler les peines prononcées contre une même personne pour des infractions de même nature. Si elle vise à éviter des peines disproportionnées, elle aboutit dans certaines affaires à des libérations anticipées jugées incompréhensibles par les victimes et une partie de l’opinion publique. Le cas de Karine a suscité un large écho, notamment parce que la durée effective de détention (huit ans) est très inférieure à la peine prononcée (trente ans) et ne tient pas compte, selon les critiques, de la dangerosité réelle du condamné.
L’initiative législative promise par Laure Miller devrait donc chercher à exclure les crimes sexuels et les crimes de sang du champ d’application de la confusion des peines, afin que les peines prononcées pour ces infractions soient exécutées de manière cumulative. Reste à savoir si le calendrier parlementaire permettra une adoption rapide, et si le gouvernement appuiera cette réforme.
En attendant, Laurence Brunet-Jambu et sa fille poursuivent leur combat pour que leur histoire ne reste pas un cas isolé et que la loi évolue pour mieux protéger les victimes.