Un conflit social d'une ampleur inédite secoue l'industrie automobile sud-coréenne. Les 73 000 membres du syndicat des métallurgistes coréens (KMWU) employés par Hyundai ont voté en faveur d'une grève, s'opposant frontalement au projet du groupe de déployer massivement des robots humanoïdes sur ses chaînes de production. Le mouvement, qui pourrait paralyser plusieurs sites du constructeur, illustre les tensions croissantes liées à l'automatisation accélérée du travail.
Des revendications précises sur le partage des profits
À l'origine de ce bras de fer, le plan présenté par la direction de Hyundai en mai dernier, qui prévoit l'introduction de 25 000 robots Atlas — conçus par sa filiale Boston Dynamics — sur ses lignes de montage dans le monde entier, avec une première implantation prévue dans son usine de véhicules électriques en Géorgie (États-Unis) à partir de 2028. Face à cette perspective, le KMWU exige deux mesures. D'une part, un droit de veto sur tout projet d'automatisation et d'intelligence artificielle au sein des usines du groupe. D'autre part, une prime de performance équivalente à un tiers des profits annuels de Hyundai, ce qui représenterait environ 27 000 dollars par ouvrier sur la base des résultats actuels.
Les sources consultées indiquent que les négociations salariales récentes chez Samsung, où les travailleurs ont obtenu des bonus plus conséquents grâce aux bénéfices tirés de l'intelligence artificielle, ont influencé les attentes des métallurgistes de Hyundai. La dernière grève totale chez le constructeur automobile remonte à 2018 ; les discussions entre la direction et les syndicats aboutissent généralement avant un arrêt de travail prolongé.
Un argumentaire de la direction jugé insuffisant
Hyundai maintient que le recours aux robots n'a pas pour objectif de remplacer la main-d'œuvre humaine, mais d'affecter les machines aux tâches les plus dangereuses et les plus exigeantes physiquement. Cet argument classique de l'automatisation bienveillante n'a toutefois pas convaincu les représentants du personnel, qui y voient une menace directe pour l'emploi à moyen terme.
La Corée du Sud est le pays le plus robotisé au monde, avec plus de 1 200 robots industriels pour 10 000 travailleurs, contre une moyenne de 231 dans l'Union européenne. Les usines de semi-conducteurs et d'électronique du pays fonctionnent déjà avec une densité de machines sans équivalent. Ce nouveau conflit chez Hyundai marque un tournant dans la confrontation entre les travailleurs et l'essor des humanoïdes, capables de reproduire des gestes complexes.
Un précédent pour les usines françaises ?
Si la décision des ouvriers sud-coréens ne concerne pas directement les sites français, des experts estiment que ce cas pourrait servir de précédent pour les négociations à venir en Europe sur l'impact de la robotique avancée et de l'intelligence artificielle dans l'industrie. La menace d'une substitution massive par des machines se pose désormais dans des secteurs où l'automatisation était jusqu'ici limitée, et les organisations syndicales commencent à structurer leur réponse.
Le vote de grève des ouvriers de Hyundai intervient alors que le groupe continue d'investir dans la recherche et le développement de robots polyvalents. Les prochains jours diront si les négociations permettront d'éviter un arrêt de travail qui pourrait peser sur la production du constructeur, alors que le marché automobile mondial est en pleine mutation.