Le probable futur locataire du 10 Downing Street, Andy Burnham, a dévoilé lundi 29 juin l'ossature de son programme gouvernemental lors d'un discours prononcé à Manchester, ville dont il est le maire depuis près de dix ans. Vêtu de ce qu'il a présenté comme « ses habits de Manchester » – un tee-shirt noir et une veste grise –, il a promis ce qu'il a qualifié de « plus grand rééquilibrage des pouvoirs que le Royaume-Uni ait jamais connu », plaçant la décentralisation au cœur de son action.

Un « Number 10 North » pour coordonner la dévolution

L'annonce la plus emblématique de cette intervention est la création d'une antenne officielle du 10 Downing Street, baptisée « Number 10 North », qui sera installée à Manchester. Selon Andy Burnham, cette structure aura pour mission de « faire transiter le pouvoir vers les régions » et de constituer « le centre nerveux d'une Grande-Bretagne repensée ». Cette promesse s'inscrit dans un diagnostic sévère : le candidat à la direction du pays a estimé que la sphère gouvernementale centrale de Westminster est « cassée », et que les députés sont encore plus « malheureux » qu'à son arrivée au Parlement en 2001.

Le « manchesterisme » comme modèle de gouvernance

Andy Burnham a présenté sa vision politique sous le terme de « manchesterisme », une approche fondée sur le partenariat entre secteurs public et privé, incluant entreprises et syndicats. Il a résumé cette philosophie par une formule : « mettre la collectivité avant les partis politiques, la résolution des problèmes avant la récupération politique et le long terme avant le court terme ». Ce discours, d'une trentaine de minutes, constitue sa première grande prise de parole politique depuis qu'il est devenu le favori pour occuper le poste de Premier ministre. Il visait à marquer une rupture après le départ de Keir Starmer et à insuffler un nouvel élan.

Des annonces économiques et sociales en attente de précisions

Au-delà de la décentralisation, le dirigeant travailliste a formulé plusieurs engagements concrets. Il a promis de lancer le plus grand programme de logements sociaux depuis l'après-guerre. Il a également annoncé une baisse des taxes foncières pour les commerces, afin de favoriser la régénération des artères commerçantes. En matière de finances publiques, il s'est engagé à respecter les objectifs de retour à l'équilibre des comptes fixés par son prédécesseur Keir Starmer, un signal adressé aux marchés financiers. Toutefois, plusieurs de ces annonces demandent encore des éclaircissements sur leurs modalités précises.

Un contexte de forte centralisation

Le Royaume-Uni fait partie des pays développés les plus centralisés au monde. Liam Sides, d'Oxford Economics, rappelle que « 90 % à 95 % des impôts sont levés au niveau de l'État central » et qu'« à peu près la même proportion » des budgets y est dépensée. Ce spécialiste souligne que la centralisation a été accentuée sous Margaret Thatcher dans les années 1980, « par souci d'efficacité et par méfiance quant à la responsabilité fiscale des autorités locales de gauche ». Andy Burnham n'est pas le premier à promettre un réveil des régions face à Londres : Boris Johnson et Keir Starmer avaient déjà fait des promesses similaires sans parvenir à inverser la tendance.