L'ancien président de la Corée du Sud Yoon Suk-yeol a écopé, ce vendredi, d'une nouvelle condamnation à trente ans d'emprisonnement pour avoir ordonné l'envoi de drones militaires au-dessus de la Corée du Nord en octobre 2024. La décision émane d'un tribunal de Séoul, dont un porte-parole a confirmé la peine à l'issue des débats.
Selon les éléments retenus par l'accusation, l'opération visait à « fabriquer des conditions de temps de guerre » en provoquant Pyongyang, afin de créer un prétexte pour décréter la loi martiale. Les procureurs spéciaux ont souligné que cette action avait dangereusement ravivé les tensions intercoréennes et entraîné la perte d'informations classifiées, plusieurs appareils s'étant écrasés en territoire nord-coréen, selon l'agence Yonhap.
Un précédent lourd de conséquences
Cette condamnation s'ajoute à un lourd passif judiciaire pour l'ancien dirigeant de soixante-cinq ans. En février dernier, il avait déjà été condamné à la prison à vie pour « insurrection », après avoir tenté d'imposer la loi martiale en décembre 2024 et déployé l'armée devant le Parlement pour en empêcher les travaux. Il purge également une peine de cinq ans prononcée en janvier dans un volet distinct de la même affaire.
La justice lui reproche d'avoir fait charger des drones de tracts de propagande et de les avoir envoyés survoler la capitale nord-coréenne en octobre 2024, avec l'intention de déclencher un incident armé. Ce scénario devait, selon l'accusation, servir de justification au coup de force qu'il projetait.
Une réaction mesurée de Pyongyang
Contre toute attente, la Corée du Nord n'est pas tombée dans le piège. Les autorités nord-coréennes s'étaient contentées d'avertir qu'elles riposteraient en cas de nouvelle intrusion, sans aller jusqu'à un affrontement militaire. Ce calme n'a pas dissuadé Yoon Suk-yeol de tenter, deux mois plus tard, d'imposer la loi martiale en invoquant de vagues menaces émanant de « forces anti-État » à la solde du Nord, ainsi que l'obstruction budgétaire du Parlement dominé par l'opposition.
Le régime civil n'avait été suspendu que six heures : un nombre suffisant de députés était parvenu à pénétrer dans l'enceinte parlementaire, malgré le dispositif militaire, et à voter une résolution contraignant le président à faire marche arrière. La tentative a toutefois plongé le pays dans une profonde crise politique.
Les arguments de la défense
Les avocats de l'ancien chef de l'État, qui a été destitué en avril 2025 et reste incarcéré, contestent fermement ces accusations. Ils affirment qu'il n'y a eu « aucun ordre préalable ni aucune approbation a posteriori » de la part de leur client pour cette opération de drones. Selon eux, celle-ci répondait à l'envoi par la Corée du Nord de ballons chargés de déchets vers le Sud la même année, et constituait « un acte légitime d'autodéfense », sans lien avec la déclaration de loi martiale. Yoon Suk-yeol, qui a fait appel de sa condamnation à perpétuité, assure avoir agi « pour le seul bien de la nation ».