À l'occasion de la Coupe du monde 2026, qui se déroule actuellement aux États-Unis, au Canada et au Mexique, les instances du football ont considérablement renforcé l'arsenal technologique destiné à assister les arbitres sur le terrain. Entre les caméras, les capteurs logés dans le ballon et, pour la première fois, les « jumeaux numériques » de chaque joueur, le dispositif vise à réduire au maximum les erreurs d'appréciation.
Un réseau de seize caméras et un ballon connecté
Le système d'arbitrage vidéo (VAR) et la technologie semi-automatisée de détection du hors-jeu (SAOT) ne sont pas nouveaux dans le football, mais la Coupe du monde 2026 en constitue l'itération la plus avancée à ce jour, tous sports confondus. Le fournisseur de suivi optique Hawk-Eye, déjà en poste lors des éditions précédentes, a porté de douze à seize le nombre de caméras haute résolution déployées autour de chaque pelouse. Leur logiciel de vision par ordinateur capture en permanence plus de deux douzaines de points squelettiques sur chaque joueur, selon Johannes Holzmüller, directeur de l'innovation à la FIFA.
Parallèlement, le ballon lui-même a été doté d'une nouvelle génération de capteurs développés par la société Kinexon. Le dispositif, qui pèse treize grammes, combine une puce à bande ultra-large et une unité de mesure inertielle (IMU) — incluant accéléromètre et gyroscope — capable d'enregistrer la position exacte du ballon et chaque toucher à raison de 500 relevés par seconde. La nouveauté technique réside dans son logement : alors qu'en 2022 le capteur était suspendu au centre du ballon par un système de cordelettes fournies par Adidas, il est désormais intégré à la paroi intérieure de l'enveloppe, dans une petite poche en plastique vulcanisée. Maxmillian Schmidt, cofondateur et directeur général de Kinexon, explique que cette vulcanisation est « bien plus stable que ces cordelettes, dont les crochets pouvaient se casser plus facilement ». Ce changement de position a toutefois exigé un contrepoids pour éviter tout déséquilibre et des tests d'impact renforcés, le capteur se trouvant désormais à un endroit pouvant être directement frappé.
Des jumeaux numériques personnalisés pour une précision millimétrique
L'innovation la plus marquante de cette édition est cependant l'adoption de « jumeaux numériques » (digital twins). Avant le tournoi, chacun des joueurs participant à la Coupe du monde 2026 a été soumis à un scan corporel 360 degrés en haute résolution, réalisé par le partenaire technologique de la FIFA, Lenovo. Ces scans, qui reproduisent avec une fidélité de un à deux millimètres la morphologie de chaque athlète — y compris la forme du corps, le tonus musculaire et la pointure des chaussures — remplacent les avatars génériques utilisés jusqu'alors pour les décisions de hors-jeu et autres actions de l'assistance vidéo.
Le défi technique était de taille : parvenir à appliquer ces scans, réalisés alors que le joueur est immobile, aux données de pose squelettique fournies par Hawk-Eye en situation de jeu dynamique — courses, sauts, tacles. Ce traitement nécessite une puissance de calcul et un réglage algorithmique considérables. Art Hu, directeur mondial de l'innovation chez Lenovo, souligne qu'il s'agit d'une « amélioration d'un ordre de grandeur par rapport à un avatar ordinaire ». La FIFA a testé cette nouvelle configuration lors de la Coupe du monde des clubs et de la Coupe intercontinentale en 2025.
Des arbitres toujours présents, mais épaulés
Si ces systèmes permettent d'étudier l'action de manière plus fine que l'œil humain, les arbitres en chair et en os restent les décideurs finaux. La technologie intervient principalement pour corriger des erreurs manifestes, par exemple lorsque qu'un but est marqué à la suite d'un hors-jeu non détecté. Comme le résume l'article original, les systèmes remplacent des « appels subjectifs par des vérités objectives ». La question de la limite de cette objectivation se pose néanmoins : la valeur du système réside-t-elle dans sa capacité à trancher des faits de jeu majeurs, ou permet-elle d'examiner des infractions infimes, à quelques centimètres près ? Les instances du football mondial ont indiqué vouloir éliminer les grosses erreurs, mais considèrent aussi que ces fractions de centimètres comptent.
Au total, l'ensemble des données optiques et des capteurs intégrés couvrira les 104 matches de la compétition. Le déploiement de cette technologie lors d'un événement d'une telle ampleur marque une étape supplémentaire dans l'arbitrage sportif assisté par ordinateur.