L'équipe de Bosnie-Herzégovine s'apprête à disputer la Coupe du monde 2026, une compétition pour laquelle son capitaine, Edin Džeko, incarne à lui seul la résilience d'une nation. Douze ans après l'aventure brésilienne de 2014, l'attaquant de quarante ans s'apprête à fouler de nouveau la scène internationale, lui qui n'a connu qu'un seul précédent tournoi de ce niveau dans son parcours. Le parcours de ce joueur né en 1986 à Sarajevo est indissociable de l'histoire tourmentée de son pays.
Une enfance dans la guerre
La Bosnie-Herzégovine a proclamé son indépendance en 1992, un geste qui a précipité l'un des conflits les plus sanglants de l'éclatement de la Yougoslavie. Sarajevo, la capitale, a subi le siège le plus long de l'histoire moderne, durant près de quatre ans, par les forces de l'Armée nationale yougoslave et l'armée serbe de Bosnie qui contrôlaient les montagnes environnantes. Entre 1992 et 1995, plus de dix mille personnes, en majorité des civils, ont péri dans la ville sous les tirs d'obus et les balles de tireurs embusqués.
Edin Džeko avait six ans au début de la guerre. Dans ce contexte de violence, le football offrait une échappatoire. « Notre maison a été détruite, nous avons dû emménager chez mes grands-parents. Toute la famille vivait là, sous le même toit, peut-être quinze personnes entassées dans un appartement de trente-cinq mètres carrés », a-t-il confié en 2011. Il décrivait une atmosphère de « stress permanent » et de peur, rythmée par les détonations et la perte de proches.
De Sarajevo aux sommets européens
Formé au FK Željezničar, l'un des deux grands clubs de la capitale, il fait ses débuts professionnels en première division bosnienne en 2003. Deux ans plus tard, sur les conseils de son premier entraîneur, il rejoint le FK Teplice en République tchèque pour environ vingt-cinq mille euros. C'est là qu'il attire l'attention de l'entraîneur allemand Felix Magath, qui le fait venir au VfL Wolfsburg à l'été 2007, année de ses débuts en équipe nationale senior.
À Wolfsburg, il forme avec Grafite l'un des duos d'attaque les plus prolifiques de l'histoire de la Bundesliga, cumulant cinquante-quatre buts (vingt-six pour Džeko, vingt-huit pour Grafite) lors du sacre de 2009, le seul titre de champion d'Allemagne du club. Surnommé « le diamant » par un média local, le joueur est alors convoité par les plus grandes écuries européennes. Il remporte par la suite des titres avec Manchester City et l'Inter Milan, et connaît des passages marquants à l'AS Roma, à Fenerbahçe, puis à la Fiorentina. Au total, il comptabilise trois cent soixante-neuf buts en huit cent cinquante-six rencontres toutes compétitions confondues pour ses différents clubs.
Un retour inattendu en Allemagne
À trente-neuf ans, sa saison à la Fiorentina laissait penser que sa carrière touchait à sa fin : un seul but en cinq matchs de Ligue Europa Conférence et aucun en onze apparitions en Serie A. En décembre, frustré par ce manque de temps de jeu, il s'est mis en quête d'un nouveau défi. Ce besoin de régularité l'a conduit à rejoindre un club de deuxième division allemande, Schalke 04, où il a contribué à la remontée immédiate en Bundesliga. À quarante ans, il dispute désormais son deuxième Mondial, une performance rare qui souligne sa longévité exceptionnelle. Džeko a honoré cent quarante-huit sélections nationales, inscrivant soixante-treize buts, ce qui fait de lui le meilleur buteur de l'histoire de son pays.