L’ancien gardien de but José Luis Chilavert, qui a marqué l’histoire du football par son jeu spectaculaire et son sens du but, occupe aujourd’hui une tout autre scène : celle de l’extrême droite paraguayenne. À l’occasion de la Coupe du monde 2026, qui se déroule actuellement aux États-Unis, au Canada et au Mexique, ses sorties médiatiques provoquent un tollé et interrogent sur la dérive idéologique d’une ancienne idole nationale.
Invité régulier des plateaux de télévision et des réseaux sociaux, Chilavert s’est récemment illustré par des propos ouvertement racistes. Alors que le Paraguay s’apprête à affronter une équipe africaine, il a déclaré que son pays « affrontera une sélection africaine », dans un ton qualifié de méprisant par de nombreux observateurs. Des propos qui ne sont pas isolés : ces dernières années, l’ex-footballeur s’en est pris à plusieurs reprises aux migrants vénézuéliens, qu’il accuse de menacer la sécurité et l’emploi au Paraguay.
Un parcours politique en rupture
Depuis la fin de sa carrière sportive, Chilavert a opéré une mue radicale. Candidat déclaré à l’élection présidentielle paraguayenne, il incarne désormais une frange nationaliste et identitaire du pays. Il revendique un discours anti-immigration, prône le retour à des « valeurs traditionnelles » et n’hésite pas à utiliser des références historiques dévoyées. Ses prises de position lui attirent un électorat séduit par un style direct et provocateur, mais lui valent aussi des accusations de xénophobie et de racisme.
Réactions et silence des instances sportives
Les déclarations de José Luis Chilavert pendant le Mondial ont suscité une indignation croissante parmi les internautes et certaines personnalités du football sud-américain. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer un message contraire aux valeurs de tolérance prônées par la FIFA. À ce stade, ni la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL) ni l’instance mondiale n’ont officiellement réagi. Certaines associations de défense des droits de l’homme appellent à une prise de position claire.
Un précédent dans l’histoire du football
Le cas de Chilavert n’est pas sans rappeler celui d’autres figures du ballon rond ayant opéré une dérive vers l’extrême droite. Au Brésil ou en Europe, d’anciens joueurs se sont également engagés en politique sur des positions ultranationalistes. La spécificité paraguayenne tient toutefois à la popularité immense dont jouit encore l’ex-gardien dans son pays. Pour beaucoup de compatriotes, Chilavert reste avant tout le héros des qualifications pour les Coupes du monde 1998, 2002 et 2006, un capitaine charismatique qui a porté le Paraguay sur la scène internationale.
Un avenir politique incertain
Alors que la campagne présidentielle paraguayenne se profile, la place de Chilavert dans le paysage politique demeure difficile à évaluer. Ses outrances verbales pourraient lui aliéner une partie de l’électorat modéré, mais elles renforcent aussi sa base. Les coups d’éclat pendant la Coupe du monde 2026, loin de le marginaliser, semblent au contraire le maintenir sous les projecteurs. Reste à savoir si les autorités sportives, politiques et morales du Paraguay et de la région choisiront de réagir par des condamnations formelles ou préféreront laisser s’éteindre la polémique.
Un message qui dépasse les stades
Les propos de Chilavert dans le cadre de la Coupe du monde posent une question plus large : celle de l’utilisation des grandes compétitions sportives comme tribunes politiques. Si les règlements de la FIFA interdisent toute forme de discrimination, leur application reste souvent sujette à interprétation. Dans le cas présent, c’est le passé glorieux de l’intéressé qui complique une éventuelle sanction : comment condamner un ancien héros national sans provoquer de backlash ?
En attendant, José Luis Chilavert continue de faire parler de lui, sur les terres du football comme sur celles de l’extrême droite. Son itinéraire singulier illustre une confusion croissante entre notoriété sportive et légitimité politique, avec les dérives que cela peut entraîner.