Un retour attendu après les désillusions

L'Allemagne aborde la Coupe du monde 2026 avec la ferme intention de laver l'affront des deux dernières éditions. Éliminée dès la phase de groupes en 2018 et en 2022, la sélection dirigée par Julian Nagelsmann a retrouvé une certaine sérénité lors des éliminatoires, remportant cinq de ses six rencontres. Le technicien de 38 ans, réputé pour son obsession tactique et son tempérament volcanique, a su redonner une dynamique positive à un groupe qui tangue.

L'état d'esprit semble meilleur qu'à l'Euro 2024, où l'Allemagne, pays hôte, n'avait cédé qu'en quarts de finale face à l'Espagne. Reste à savoir si la mayonnaise prendra sous la pression d'un tournoi mondial. Nagelsmann, qui n'hésite pas à modifier son système et son onze de départ, compte sur un noyau dur issu du Bayern Munich, club qui a réalisé une saison exceptionnelle sur la scène nationale et européenne.

Les jeunes talents en première ligne

L'avenir de la Mannschaft repose en grande partie sur ses jeunes attaquants. Jamal Musiala, 23 ans, a été l'un des grands artisans du parcours honorable de l'Allemagne à l'Euro 2024. Cependant, sa participation au Mondial reste entourée d'incertitudes. Victime d'une grave blessure en juillet dernier – fracture de la jambe et luxation de la cheville lors d'un choc avec le gardien du PSG, Gianluigi Donnarumma, en Coupe du monde des clubs –, le joueur du Bayern Munich a connu une convalescence compliquée. Ses apparitions récentes se sont limitées à des entrées en jeu, et son niveau de forme physique constitue un point d'interrogation majeur pour le sélectionneur.

Florian Wirtz, transféré à Liverpool lors d'un transfert retentissant, a quant à lui traversé une période d'adaptation difficile en Premier League. Après des premiers mois sans but ni passe décisive, il semble avoir retrouvé ses sensations et son influence dans le jeu. Sa polyvalence sur le front de l'attaque en fait une arme précieuse pour déstabiliser les défenses adverses.

Un troisième élément suscite un intérêt croissant : Lennart Karl, 18 ans, attaquant du Bayern Munich capable d'évoluer sur les ailes ou en soutien de l'avant-centre. Il s'est fait remarquer cette saison en devenant le plus jeune buteur du club en Ligue des champions et le troisième plus jeune en Bundesliga. Son dribble, sa capacité à changer de rythme et son centre de gravité bas lui valent des comparaisons flatteuses.

L'expérience au service de la stabilité

La sélection allemande ne mise pas uniquement sur la jeunesse. L'expérience est incarnée par des cadres comme Joshua Kimmich, qui conserve le brassard de capitaine, Antonio Rüdiger ou encore Manuel Neuer. Le gardien de but de 40 ans a effectué un retour surprise en sélection après avoir pris sa retraite internationale à l'issue de l'Euro 2024. Nagelsmann a fait de lui le titulaire dans les buts pour ce qui sera sa cinquième participation à une Coupe du monde.

« Tout le monde connaît l'aura et la qualité de Manu, ce qu'il apporte à une équipe », a justifié le sélectionneur lors de l'annonce de la liste des 26 joueurs retenus. « Il a un impact sur sa propre équipe, sur l'adversaire et peut créer des moments spéciaux. »

Malgré ce retour, le brassard de capitaine n'a pas été rendu à Neuer : Kimmich reste le leader désigné sur le terrain. En concurrence avec Oliver Baumann et Alexander Nübel, Neuer apporte une assurance et un vécu précieux dans un groupe qui compte plusieurs novices à ce niveau.

Un bilan en demi-teinte et un groupe à négocier

L'équipe allemande reste difficile à cerner. Si la campagne de qualification a été maîtrisée, elle a été marquée par une défaite cuisante 2-0 en Slovaquie, qui aurait pu être plus lourde. En revanche, la Mannschaft a parfaitement redressé la barre en infligeant un 6-0 à cette même équipe slovaque lors du match retour, validant ainsi sa qualification. Ces variations de performance interrogent sur la capacité du groupe à enchaîner les matches de haut niveau.

Classée au 8e rang mondial par la FIFA, l'Allemagne n'aborde pas le tournoi en tant que favorite absolue. Le vivier de talents offensifs – Musiala, Wirtz, Karl, auxquels s'ajoutent d'autres éléments – offre un potentiel certain, mais la question de l'équilibre collectif et de la solidité défensive reste posée. De plus, l'absence d'un buteur de classe mondiale à la pointe de l'attaque, un problème récurrent depuis la retraite de Miroslav Klose, n'a pas été résolue.

L'objectif affiché est de sortir de la phase de groupes, un défi qui a semblé insurmontable lors des deux dernières éditions. L'équipe devra composer avec un calendrier resserré et l'enjeu psychologique immense qui entoure chaque match pour une nation qui compte quatre étoiles sur son maillot.