Le chroniqueur David Webber a résumé le sentiment d'une partie des suiveurs du ballon rond : « Je ne pense pas qu'il y ait eu un tournoi comme celui-ci. » S'exprimant dans le cadre d'un débat, il a estimé que cette Coupe du monde « portée par les célébrités » a « transformé le football en produit de luxe », ce qui a mécaniquement fait grimper la demande et les prix des billets.
Cette analyse rejoint les critiques plus larges formulées à l'encontre de la gestion de la Fédération internationale de football association (Fifa). L'organisation, souvent accusée de privilégier les revenus commerciaux au détriment de l'esprit sportif, aurait fait de l'édition 2026 un étendard de l'hypermarchandisation.
Un tournoi pensé pour les VIP et les marques
La 23e édition du Mondial, qui se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique, se caractérise par une présence accrue de célébrités, de loges VIP et d'offres d'hospitalité hors de prix. Les sponsors multiplient les activations et les espaces réservés aux invités de marque, tandis que les supporters ordinaires peinent à obtenir des places à un coût abordable.
Les experts notent que ce virage « luxe » s'inscrit dans la stratégie globale de la Fifa, qui cherche à maximiser ses recettes. L'instance aurait ainsi conçu le tournoi comme une plateforme destinée à attirer des marques haut de gamme et un public fortuné, quitte à s'éloigner du caractère populaire et fédérateur qui a longtemps fait la force de la compétition.
Le risque de perdre l'âme du football
Pour de nombreux puristes, cette dérive menace l'essence même du sport. L'omniprésence des intérêts financiers et des logiques de soft power – chaque match servant de vitrine politique ou économique – érode la magie qui a fait du Mondial un événement planétaire unique. Des voix s'élèvent pour dénoncer un football à deux vitesses : celui des gradins pour privilégiés et celui des écrans pour le reste du monde.
Cette édition 2026, la plus étendue géographiquement avec trois pays hôtes et 48 équipes, amplifie les inégalités d'accès. Les stades, souvent neufs ou rénovés, affichent des capacités limitées pour les catégories de billets les moins chères, tandis que les packages VIP se multiplient.
Pour les nostalgiques, l'écart est saisissant avec les éditions du siècle dernier, où l'accès aux stades était bien moins onéreux et où les sponsors se faisaient discrets. La comparaison avec 1966, souvent citée comme l'âge d'or du football populaire, illustre le chemin parcouru.
Un phénomène amené à durer ?
Si certains espèrent un retour à plus de simplicité à l'avenir, la tendance semble lourde. La Fifa a déjà verrouillé des contrats de sponsoring colossaux pour les prochains cycles, et l'attrait des places de marché américaine, canadienne et mexicaine pousse à une sophistication accrue de l'offre.
Les analystes s'interrogent toutefois sur les limites de ce modèle. Une fracture entre les supporters et l'institution pourrait à terme nuire à l'image du tournoi. Pour l'instant, la fête sportive continue, mais le débat sur la place de l'argent dans le football n'a jamais été aussi vif.