Deux incidents ébranlent les certitudes de la FIFA
La Coupe du monde 2026, qui se déroule du 11 juin au 19 juillet dans seize villes hôtes d'Amérique du Nord, dont onze aux États-Unis, devait incarner un message d'ouverture. Mais alors que le coup d'envoi approche, plusieurs épisodes viennent contredire cet idéal. Le sélectionneur irakien, Aymen Hussein, figure majeure du football de son pays, a été retenu pendant plusieurs heures par les services d'immigration américains à l'aéroport O'Hare de Chicago, alors que ses coéquipiers prenaient déjà la direction de leur camp de base. Après un interrogatoire, il a finalement été autorisé à entrer sur le territoire. L'équipe d'Irak participe pour la première fois à la phase finale de la compétition depuis quarante ans.
Plus grave encore, le sort réservé à Omar Abdulkadir Artan, arbitre somalien, a provoqué l'émoi. Sélectionné parmi une cinquantaine d'arbitres au monde pour officier lors de ce Mondial, il a été placé en cellule de rétention puis expulsé du territoire américain, selon des informations concordantes. Il n'a pas été autorisé à rejoindre le corps arbitral du tournoi.
Un durcissement des contrôles aux frontières
Ces deux affaires mettent en lumière les effets concrets des politiques migratoires du gouvernement américain, renforcées sous l'administration actuelle. Les critiques, qui s'étaient élevées dès l'attribution de la compétition en 2018, redoutaient que les règles d'entrée restrictives n'entravent le bon déroulement de l'événement. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, s'était pourtant voulu rassurant en février, qualifiant le processus d'entrée de « fluide ». Il s'est présenté comme un ami du président américain.
Les deux cas d'espèce révèlent toutefois que des participants accrédités par la fédération internationale peuvent encore se heurter à des vérifications approfondies, voire à une expulsion. Aucune explication officielle n'a été fournie quant aux motifs précis ayant conduit à l'expulsion de l'arbitre somalien.
Des promesses d'inclusivité mises à l'épreuve
Le choix des États-Unis comme co-organisateur de la Coupe du monde, avec le Canada et le Mexique, avait été salué comme une victoire du dialogue interculturel. Les autorités américaines avaient alors multiplié les engagements sur la capacité à accueillir des visiteurs du monde entier dans le respect des règles de sécurité. Mais les incidents récents ravivent les inquiétudes : des supporters originaires de pays visés par des restrictions de visa ou des ressortissants de nations jugées « à risque » pourraient également rencontrer des difficultés.
Les réactions et les enjeux diplomatiques
La fédération irakienne de football a exprimé son soulagement après la libération de son joueur, mais n'a pas commenté officiellement l'incident. Du côté de la fédération internationale, aucun communiqué n'a été publié à ce stade. L'épisode de l'arbitre somalien a en revanche suscité des réactions indignées dans les milieux sportifs, certains observateurs y voyant un précédent préoccupant pour un tournoi qui se veut mondial et inclusif.
Ces tensions interviennent alors que le monde entier a les yeux rivés sur le continent nord-américain. La question migratoire, déjà au cœur des débats politiques intérieurs aux États-Unis, pourrait désormais peser sur l'image de la compétition. Les organisateurs locaux, qui avaient promis un accueil chaleureux, se retrouvent confrontés à une réalité plus contrastée.
Quel impact pour les supporters et les délégations ?
Au-delà des cas individuels, c'est l'ensemble du dispositif d'accueil qui est scruté. Les autorités américaines avaient annoncé des mesures facilitatrices pour les détenteurs de billets et les membres accrédités, mais les contrôles renforcés aux points d'entrée laissent craindre des files d'attente prolongées et des refus d'entrée pour certains voyageurs. Les associations de défense des droits des migrants et des voyageurs appellent à plus de transparence sur les critères appliqués.
Le défi logistique est de taille : des millions de visiteurs sont attendus dans les stades et les fan-zones. Si la promesse d'une « fête du football » reste l'objectif officiel, les incidents des derniers jours rappellent que la réalité migratoire américaine n'est pas toujours compatible avec l'enthousiasme sportif.