L'équipe nationale iranienne de football a effectué son entrée en lice dans la Coupe du monde 2026 mardi, en faisant match nul 2-2 face à la Nouvelle-Zélande. Ce résultat intervient dans un contexte exceptionnel : la sélection, contrainte par les autorités américaines de résider hors du pays entre les rencontres, est installée au Mexique et doit se déplacer aux États-Unis pour chaque match. Une situation qui suscite l'incompréhension parmi les supporters et les observateurs.

Pour les fans iraniens, ce Mondial se déroule sous le signe de l'incertitude politique et des répercussions du conflit entre Téhéran et Washington. La guerre au Moyen-Orient, qui a duré près de quatre mois, a brutalement interrompu la préparation de l'équipe et alimenté les craintes quant à la sécurité des joueurs et des supporteurs. Un accord de trêve entre les deux puissances, annoncé le 14 juin, a cependant ouvert la voie à des pourparlers de paix et à la réouverture du détroit d'Ormuz, une voie maritime essentielle pour l'économie mondiale.

Entre fierté nationale et méfiance

Interrogés par des médias, plusieurs supporteurs iraniens ont exprimé leur attachement à leur équipe nationale, qu'ils considèrent comme un vecteur de fierté et d'unité au-delà des clivages politiques. « Le football est la seule chose qui nous rassemble, tous les Iraniens, sans distinction », a confié un habitant de Téhéran. « Soutenir notre équipe, c'est soutenir notre pays, pas son gouvernement. »

D'autres, en revanche, ont fait part de leur méfiance envers les États-Unis, qu'ils accusent d'utiliser le sport comme levier politique. « Ils nous refusent le droit de vivre normalement, de voyager, de jouer. Et maintenant, ils nous font traverser la frontière comme des étrangers chez nous », a déploré un étudiant de la capitale.

Un boycott discret mais réel

Plusieurs supporters ont également indiqué qu'ils boycotteraient les matchs se déroulant sur le sol américain, préférant suivre les rencontres à la télévision ou dans des cafés à Téhéran. « Je ne mettrai pas un pied dans un stade américain tant que les États-Unis ne cesseront pas leurs attaques contre notre peuple », a déclaré une jeune femme, tout en reconnaissant que cela ne l'empêcherait pas de vibrer pour son équipe.

Ce sentiment est partagé par l'ancien athlète iranien Hadi Tiranvalipour, ex-capitaine de l'équipe nationale de taekwondo, qui a fui l'Iran en 2022 après avoir pris position pour les droits des femmes. « Le sport en Iran est tellement compliqué », a-t-il expliqué. « On ne peut pas séparer le sport de la politique. » Il a représenté l'équipe olympique des réfugiés aux Jeux de Paris 2024.

Un Mondial sous haute tension

La rencontre entre l'Iran et la Nouvelle-Zélande s'est déroulée sans incident majeur, mais la suite du tournoi s'annonce sous tension. L'équipe iranienne doit affronter la Belgique et l'Égypte, deux adversaires redoutables, avant un éventuel huitième de finale. Le moindre incident diplomatique ou dérapage sécuritaire pourrait raviver les tensions entre Téhéran et Washington, et altérer l'élan de la trêve.

Les autorités iraniennes, de leur côté, ont appelé les supporteurs à faire preuve de retenue et à privilégier le soutien à l'équipe nationale plutôt que les manifestations politiques. « Le drapeau de l'Iran flotte sur les stades du monde entier », a déclaré un porte-parole du ministère des Sports. « Montrons au monde notre passion et notre dignité. »

Un contexte sportif international marqué par les conflits

Le cas de l'Iran n'est pas isolé. Plusieurs pays participants à ce Mondial sont impliqués dans des conflits armés ou des tensions géopolitiques majeures. La guerre en Ukraine, les affrontements au Soudan ou les crises au Moyen-Orient ont émaillé la préparation de plusieurs sélections, rappelant que le sport de haut niveau est souvent rattrapé par la réalité du monde.

Pour les supporters iraniens, cette Coupe du monde 2026 restera quoi qu'il arrive un moment singulier, où la passion du ballon rond se mêle à l'angoisse de la guerre et à l'espoir d'une paix fragile.