À l’approche de la Coupe du monde de football 2026, dont les matchs se dérouleront dans seize villes d’Amérique du Nord, les espoirs de retombées économiques massives semblent s’éloigner. Alors que l’événement était présenté comme un jackpot pour les métropoles hôtes, porté par un afflux de touristes, des hôtels complets et des milliards de dollars de dépenses, plusieurs indicateurs pointent vers un décalage entre les promesses et la réalité.

Des réservations hôtelières très en deçà des prévisions

L’un des signes les plus frappants de ce déficit de fréquentation provient du secteur hôtelier. Selon l’American Hotel and Lodging Association, 80 % des hôtels des villes hôtes américaines affichent des réservations inférieures aux attentes, à quelques jours du coup d’envoi. Près de 70 % des établissements interrogés attribuent ce manque d’enthousiasme aux barrières liées aux visas et aux tensions géopolitiques. À New York, qui accueillera la finale, les réservations n’atteignent qu’environ 65 % de ce qui était anticipé par les professionnels. À Seattle (État de Washington), 80 % des hôtels enregistrent un niveau de réservation inférieur à celui d’un été normal, sans même tenir compte du surcroît de touristes promis par la FIFA.

Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis : au Canada, la ville de Vancouver (Colombie-Britannique) connaît également une demande hôtelière inférieure aux espérances. L’association hôtelière de la province a indiqué que « malgré son profil mondial, la FIFA n’a pas généré la large demande hôtelière que beaucoup attendaient ».

Des billets trop chers et une conjoncture défavorable

La flambée du prix des billets constitue un autre frein majeur. Combinée aux pressions économiques intérieures – marché de l’emploi atone, hausse du prix des produits de première nécessité comme l’essence –, elle pèse sur les dépenses discrétionnaires des ménages américains. Le prix du gallon d’essence (3,78 litres) atteint 4,16 dollars, selon l’American Automobile Association (AAA), contre 2,98 dollars fin février, date des premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Cette inflation réduit la capacité des Américains à voyager et à dépenser pour le Mondial.

Mike Edwards, professeur de gestion sportive à l’université d’État de Caroline du Nord, résume la situation : « Il y a moins d’appétit pour voyager et payer des billets chers. Je pense qu’il y a aussi des problèmes géopolitiques qui rendent les gens plus prudents à l’idée de venir aux États-Unis et d’y dépenser de l’argent. »

L’effet dissuasif des politiques migratoires américaines

Les voyageurs internationaux sont particulièrement sensibles au climat politique américain. En avril, plusieurs organisations, dont l’American Civil Liberties Union (ACLU), ont publié un avis aux visiteurs étrangers se rendant aux États-Unis pour la Coupe du monde, les invitant à « faire preuve de prudence et à avoir un plan d’urgence lorsqu’ils voyagent vers et à l’intérieur des États-Unis », en raison de « l’autoritarisme croissant et de la violence accrue » de l’administration Trump.

Par ailleurs, les formalités de visa restent floues. L’administration Trump a renoncé à son programme de caution de visa qui exigeait des visiteurs de cinquante pays un dépôt de 15 000 dollars. En mai, cette exigence a été levée pour les détenteurs de billets de match. Cependant, les retards signalés dans le traitement des demandes de visa pourraient empêcher certains voyageurs d’arriver à temps, ou les laisser à la frontière.

Des acteurs de l’hébergement partagés entre optimisme et prudence

Tous les voyants ne sont pas au rouge. Certains responsables municipaux et chefs d’entreprise se montrent moins inquiets que les premières prévisions ne le laissaient craindre. Les autorités de New York estiment que les réservations devraient revenir à des niveaux estivaux quasi normaux au début du tournoi. Un « business as usual » qui, toutefois, n’est pas à la hauteur des promesses d’un événement planétaire.

Dans le secteur de la location de courte durée, Airbnb se veut confiant. Son directeur général, Brian Chesky, a déclaré lors d’une conférence téléphonique sur les résultats du premier trimestre, le 7 mai, que la plateforme s’attend à davantage de réservations pour ce Mondial que pour tout autre événement de son histoire, longue de près de dix-huit ans.

Néanmoins, les prix des locations près des stades restent élevés. À Dallas, par exemple, une recherche pour un séjour de deux nuits autour du match du 14 juin affichait des tarifs à près de 700 dollars pour les offres les moins chères. À Philadelphie, les prix n’étaient pas en reste.

Des espoirs économiques mis à l’épreuve

La promesse d’un afflux de touristes étrangers, de création d’emplois et de dépenses massives avait servi d’argument central aux villes pour justifier leurs investissements dans l’accueil du Mondial. Aujourd’hui, les doutes s’accumulent : réservations hôtelières en berne, billets inaccessibles, tensions géopolitiques et politique d’immigration restrictive créent un cocktail qui pourrait transformer l’eldorado annoncé en une déception économique. Les mois à venir diront si les hôtes américains parviendront à inverser la tendance ou si la Coupe du monde 2026 restera comme un exemple des limites des retombées promises par les grands événements sportifs.