À quelques heures du coup d'envoi du premier match de l'Iran dans la Coupe du monde 2026, l'atmosphère à Los Angeles est électrique, mais pas seulement pour des raisons sportives. La rencontre face à la Nouvelle-Zélande, qui se tient au SoFi Stadium d'Inglewood, cristallise les tensions au sein de la diaspora iranienne, l'une des plus nombreuses et politisées au monde. Entre partisans du régime, opposants exilés et simples amateurs de football, le clivage est profond.

Dans le quartier de Westwood, surnommé « Tehrangeles » en raison de sa forte concentration d'Iraniens, les drapeaux de l'époque pré-révolutionnaire — le lion et le soleil — flottent aux côtés de portraits de Reza Pahlavi, le fils du dernier shah. Cette iconographie révèle un rejet majoritaire du gouvernement islamique au sein de la communauté. Pourtant, cette opposition ne se traduit pas par une position unanime sur l'attitude à adopter face à l'équipe nationale, appelée Team Melli.

Des voix discordantes

Sahand Vafadary, un médecin installé à Phoenix (Arizona), a déboursé 300 dollars pour assister à la rencontre. Son objectif ? Soutenir l'adversaire de l'Iran. « La raison pour laquelle nous voulons que la Nouvelle-Zélande gagne, c'est parce que l'équipe iranienne qui joue en ce moment, que ce soit intentionnellement ou non, est utilisée comme propagande par le régime », explique-t-il. Né à Téhéran, il voit dans le match une tribune politique.

À l'inverse, des voix comme celle de Sudi Farokhnia, organisatrice communautaire iranienne américaine, appellent à distinguer le jeu du politique. Elle compare le fait de supporter l'équipe tout en s'opposant au gouvernement à un réflexe universel de soutien à son pays d'origine, indépendamment de son régime. La question divise profondément : « La communauté est divisée », résume Roozbeh Farahanipour, propriétaire d'un commerce à Westwood et militant de longue date.

Un match sous haute tension politique

La coupe du monde 2026 se déroule dans un contexte géopolitique exceptionnellement lourd. Les États-Unis et Israël ont lancé une attaque conjointe contre l'Iran fin février, plaçant ce pays dans une situation inédite : jamais, dans l'histoire du tournoi, une équipe n'avait été en conflit armé avec un pays hôte. « Le match était anticipé comme un événement autant politique que sportif », souligne un observateur.

Les opposants au régime prévoient des manifestations aux abords du stade. Plusieurs rassemblements ont déjà eu lieu ces derniers jours pour dénoncer la participation de l'Iran à la compétition. Pour Farahanipour, qui s'oppose à la guerre mais ne soutiendra pas Team Melli, l'équipe incarne un système qu'il combat : « Quand cette équipe va sur n'importe quel terrain international, pour moi, elle représente le régime. Ce système tuera beaucoup de membres de ma famille et de mes amis. »

Un match aux réactions contrastées

Lors de l'entrée en lice de l'Iran, l'ambiance dans le stade a été qualifiée de l'une des plus étranges de l'histoire de la Coupe du monde. L'équipe a été à la fois « sauvagement acclamée par la majorité des spectateurs et huée par d'autres », rapporte-t-on. Un supporter a même twirlé le drapeau iranien au-dessus de sa tête en célébrant un but de la Nouvelle-Zélande. Cette scène résume le dilemme de la diaspora : entre fierté nationale et rejet du régime, le ballon rond devient un symbole politique.

L'Iran est le premier participant à la Coupe du monde, en près d'un siècle d'existence, à être en conflit armé avec un pays organisateur. Cette situation a contraint les joueurs iraniens à composer avec des « ajustements, adaptations et frustrations » inhabituels, depuis le début de l'offensive américano-israélienne fin février.

Un avenir incertain pour l'équipe

Au-delà de ce premier match, l'avenir de la sélection iranienne dans le tournoi reste lié à un contexte géopolitique instable. La guerre en cours et les divisions internes à la diaspora risquent de peser sur chaque rencontre. Pour les Iraniens de Los Angeles, la question demeure : peut-on aimer son pays sans approuver son gouvernement ? Les réponses, on le voit, sont multiples et contradictoires.