Un coût économique colossal
À quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, une vaste étude internationale alerte sur l’impact que l’événement pourrait avoir sur la productivité des entreprises. Menée par le groupe UKG auprès de 8 000 salariés et managers répartis dans huit pays, l’enquête estime la perte de productivité globale à plus de 14 milliards d’euros. La France n’est pas épargnée : le coût pour les employeurs hexagonaux est évalué à 645 millions d’euros, une somme qui intègre à la fois les absences et le « présentéisme », c’est-à-dire la présence au travail avec une efficacité réduite.
Les États-Unis, pays hôte de l’édition 2026, concentrent à eux seuls 10,1 milliards d’euros de pertes potentielles, loin devant l’Allemagne (1,15 milliard) et le Royaume-Uni (783 millions). Derrière ces chiffres se cachent des comportements annoncés par les salariés eux-mêmes : retards, départs anticipés, fatigue post-match, ou encore visionnage des rencontres pendant les heures de bureau.
Des habitudes de travail bouleversées
L’enquête révèle que 37 % des salariés, tant au niveau mondial qu’en France, déclarent vouloir adapter leur emploi du temps durant la compétition. Plus d’un quart des répondants prévoient d’arriver plus tard, de partir plus tôt ou de s’absenter totalement. Le suivi des matchs en streaming pendant le temps de travail concerne 14 % des actifs dans le monde, mais grimpe à 18 % en France. Par ailleurs, 22 % des salariés à l’échelle mondiale – et 28 % dans l’Hexagone – anticipent de travailler en état de fatigue. Près de 11 % avouent qu’ils pourraient se présenter au bureau avec une « gueule de bois ».
« Ce qui rend la Coupe du monde si pertinente, c’est qu’elle reflète un défi auquel les entreprises sont confrontées au quotidien : dans les organisations qui reposent principalement sur des équipes de première ligne, l’activité évolue d’heure en heure, et une planification statique crée un écart entre ce qui est prévu et ce qui est réellement exécuté », explique Suresh Vittal, directeur produits chez UKG.
Un enjeu de fidélisation des talents
Au-delà de la perte de productivité immédiate, l’étude pointe un risque plus structurel : celui du départ de collaborateurs insatisfaits. Ainsi, 20 % des salariés français affirment qu’ils envisageraient de quitter leur emploi si leur employeur ne leur permettait pas de vivre pleinement l’expérience de la Coupe du monde. Par ailleurs, 52 % des répondants en France estiment que leur organisation ne tiendra pas compte de l’événement dans l’organisation du travail, contre 39 % à l’échelle mondiale.
Les managers de proximité sont particulièrement exposés aux tensions. Ils sont plus nombreux à anticiper des demandes de congés, des ajustements d’horaires ou des aménagements de dernière minute. « Lorsque l’absentéisme et le présentéisme prennent de l’ampleur, les conséquences sont immédiates et coûteuses. La productivité diminue, l’expérience client s’en ressent et le moral des équipes se dégrade, car il revient au reste du personnel de compenser les effectifs manquants », ajoute Suresh Vittal.
Repenser la flexibilité organisationnelle
Pour UKG, ces perturbations ne doivent pas être uniquement perçues comme un risque, mais aussi comme un révélateur des capacités d’adaptation des entreprises. La Coupe du monde 2026 s’étend sur 39 jours, et seule une partie des matchs est connue à l’avance, ce qui complique la planification. « La Coupe du monde est bien plus qu’un événement culturel. C’est un test de planification des effectifs et de flexibilité organisationnelle », souligne Suresh Vittal.
L’étude suggère qu’une meilleure anticipation, une communication claire et des politiques de flexibilité adaptées permettraient aux entreprises non seulement de limiter les pertes de productivité, mais aussi de renforcer l’engagement de leurs équipes. À l’inverse, une absence de réaction pourrait creuser l’écart entre les attentes des salariés et la réalité du terrain, au détriment de la performance collective.