La fête aura duré le temps de quatre matches. Dimanche, au stade Azteca de Mexico, le Mexique s’est incliné (2-0) face à l’Angleterre en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. L’élimination met fin à un parcours historique – la première fois que la sélection atteignait ce stade sans encaisser le moindre but – mais n’a pas entamé l’immense vague de fierté et d’unité qui a submergé le pays ces dernières semaines.

« Nous vivons quelque chose de totalement nouveau », confiait Diego Martínez, 23 ans, quelques heures avant le coup d’envoi, alors que des dizaines de milliers de personnes convergeaient déjà vers le Paseo de la Reforma, l’artère emblématique de la capitale. Cette avenue, où plus d’un million de supporters avaient célébré la qualification pour les huitièmes après la victoire contre l’Équateur, était devenue le symbole d’un patriotisme débordant, mêlant les maillots verts, les drapeaux et les chants.

La ferveur a dépassé les frontières de la ville. Fernando Guillen, venu de l’État du Chiapas (sud) avec trois générations de sa famille, expliquait : « Nous voulions en être. C’est une parenthèse qui nous permet d’oublier tous nos problèmes et de ne penser qu’au football. Demain, nous retrouverons les mêmes difficultés. »

Un répit dans un climat tendu

Ce succès inattendu a offert au Mexique une rare trêve dans un quotidien marqué par les violences liées aux cartels, les disparitions – plus de 130 000 personnes sont officiellement portées disparues – et la corruption. L’économie du pays connaît un ralentissement, et les relations avec les États-Unis se sont détériorées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, avec des droits de douane élevés et des mises en examen de responsables mexicains. « Aujourd'hui, on peut oublier tout ça et se concentrer sur le football », répétait M. Guillen.

Même la présidente Claudia Sheinbaum s’était prise au jeu, encourageant ouvertement l’équipe. Le slogan non officiel de la sélection, « ¿Y si sí ? » (Et si oui ?), était devenu un cri de ralliement national.

Malgré la pluie torrentielle qui s’est abattue sur la capitale dimanche, l’enthousiasme n’a pas faibli. « La couleur et le bruit montaient d’un cran à chaque victoire », raconte un fan. Les rues se sont remplies de vert, y compris les animaux de compagnie vêtus du maillot national.

Une défaite mais pas une fin

La défaite contre l’Angleterre n’a pas provoqué de colère, mais plutôt une immense tristesse mêlée de reconnaissance. Les supporters ont salué leurs joueurs longuement après le match. « Nous avons vécu un rêve éveillé », commentait un enseignant de 45 ans, les yeux rougis. « Cette équipe nous a redonné le sourire. »

Le Mexique, premier pays à avoir accueilli trois Coupes du monde, peut retenir de cet été 2026 l’image d’une nation unie, capable de mettre de côté ses fractures le temps d’un ballon rond. Comme le résume un panneau brandi dans les tribunes : « Merci pour cette parenthèse magique. »