La présidence syrienne a annoncé, dimanche 5 juillet, qu’Emmanuel Macron effectuerait une visite en Syrie dans les prochains jours. Cette information, communiquée par le service de presse de la présidence à Damas, n’a pas été confirmée par l’Élysée. Le déplacement du chef de l’État français serait le premier d’un dirigeant d’un pays de l’Union européenne en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa fin 2024. Il marque également le premier déplacement d’un président occidental dans ce pays depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, intervenue en décembre 2024.

Un précédent dans les relations franco-syriennes

Les dernières visites d’un président français en Syrie remontent à Nicolas Sarkozy, en 2008 et 2009, avant la rupture définitive provoquée par la répression du printemps arabe en 2011. Depuis, la France avait gelé ses relations diplomatiques avec le régime de Damas. La visite d’Emmanuel Macron symbolise donc un changement de cap dans la politique étrangère française, après des années de rupture.

Emmanuel Macron avait déjà amorcé un rapprochement avec Ahmed al-Charaa en mai 2025, en l’accueillant à Paris pour une rencontre au palais de l’Élysée. Ce tête-à-tête avait constitué le premier déplacement du dirigeant syrien en Occident. Selon le chercheur Arthur Quesnay, spécialiste de la Syrie, un « parti d’al-Charaa » a été pris par le président français. Il aurait été « moteur » dans la normalisation du nouveau pouvoir syrien et aurait « mis le pied à l’étrier à al-Charaa sur la scène internationale », analyse ce chercheur de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Contexte régional et international

La visite d’Emmanuel Macron intervient après une série de déplacements de hauts responsables étrangers à Damas. L’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, est le premier chef d’État à s’être rendu auprès d’Ahmed al-Charaa, au début de l’année 2025. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a suivi en janvier 2026, tandis que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est rendu en Syrie en avril 2026.

Le déplacement à Paris du dirigeant syrien, en mai 2025, avait précédé une visite encore plus stratégique à Washington, auprès du président américain Donald Trump, ainsi que la levée des sanctions européennes et américaines contre la Syrie. Cette normalisation rapide des relations avec les puissances occidentales et régionales témoigne de l’évolution du contexte syrien depuis le renversement de Bachar al-Assad.

Enjeux et attentes

Les enjeux de cette visite sont multiples. Il s’agit d’abord de consolider les liens entre Paris et Damas, alors que la France cherche à jouer un rôle de facilitateur dans la transition politique syrienne. Emmanuel Macron s’est positionné comme un interlocuteur clé pour Ahmed al-Charaa, dont le parcours jihadiste interroge une partie de la communauté internationale. Le président français pourrait aborder les questions de reconstruction, de sécurité régionale et de lutte contre les mouvements extrémistes.

Damas n’a pas précisé la date exacte de la visite, ni son programme. L’Élysée n’a pas commenté ces annonces pour l’instant. Cette visite, si elle se confirme, constituerait un tournant diplomatique pour la Syrie post-Assad et un test pour la politique étrangère d’Emmanuel Macron, qui mise sur le dialogue direct avec le nouveau pouvoir en place.