Des manifestations de mécontentement touchent actuellement les universités allemandes après les déclarations de la ministre fédérale de la Recherche, Dorothee Bär. Membre de l’Union chrétienne-sociale (CSU), celle-ci a estimé que la situation des étudiants dans le pays était « très privilégiée » et a rejeté toute réforme du système d’aides publiques (BAföG) pour le moment. Ses propos ont provoqué l’ire de nombreux étudiants, alors que le coût de la vie ne cesse de grimper.
Refus de réformer le régime d’aide aux études
Au cœur du conflit se trouve le sort réservé à la réforme de la loi fédérale sur l’aide à la formation (BAföG). Cette réforme figurait pourtant dans l’accord de coalition entre les conservateurs de la CDU/CSU et les sociaux-démocrates du SPD. Le texte prévoyait de porter l’allocation logement versée aux étudiants ne vivant plus chez leurs parents de 380 euros à 440 euros par mois dès le semestre d’hiver à venir. À partir de 2027, les taux de base du BAföG devaient également être relevés progressivement, passant des 475 euros actuels au niveau du revenu de base (actuellement 563 euros). Le coût supplémentaire de cette réforme pour la législature en cours était estimé à un peu plus d’un milliard d’euros.
Dorothee Bär a justifié son inaction en affirmant qu’« il n’y a pas de drame à ce que les étudiants occupent un emploi à côté de leurs études — beaucoup y gagnent même une expérience précieuse pour la vie et leur carrière ». Elle a ajouté qu’il n’y aurait pas de cursus « totalement confortable et universel », comme elle l’a formulé, car les étudiants allemands seraient déjà dans une situation très privilégiée.
Un étudiant sur trois menacé par la pauvreté
Ces arguments sont loin de convaincre sur le terrain. Wiebke Jaeger, 23 ans, étudie la politique et la société à l’université de Bonn. Elle travaille douze heures par semaine en aidant de jeunes réfugiés à rédiger leurs candidatures. Elle fait partie des 66 % d’étudiants du pays qui exercent une activité rémunérée pour financer leurs études. Interrogée sur la position de la ministre, elle déclare : « J’étais frustrée, car une fois de plus, on prévoit des coupes dans le secteur social et les décisions sont prises par-dessus la tête des jeunes. Dire que les étudiants sont privilégiés et n’ont pas vraiment besoin d’une augmentation du BAföG, c’est une déclaration assez audacieuse pour une ministre fédérale de la Recherche. »
Vasco Silver, 27 ans, père de famille, étudie la physique et l’astronomie à Bonn. Il perçoit 740 euros de BAföG par mois, un montant légèrement supérieur à la moyenne de 657 euros. Malgré cela, il doit travailler huit heures par semaine pour faire face à ses dépenses, en particulier le loyer. « Le BAföG est censé garantir que tout le monde puisse étudier, indépendamment de son origine sociale. Mais il ne remplit tout simplement plus ce rôle », s’indigne-t-il. Il dénonce le conseil de la ministre de « travailler un peu plus » : « La réalité, c’est que deux étudiants sur trois le font déjà. Dans mon entourage, tous ceux qui touchent le BAföG ont un job à côté. »
Selon les données de l’Office fédéral de la statistique, environ un tiers des étudiants en Allemagne seraient menacés par la pauvreté, un chiffre qui contredit directement le discours ministériel sur une situation privilégiée.
Un précédent de coupes dans le secteur social
Le mécontentement s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions budgétaires décidées par le gouvernement fédéral. Les étudiants et les syndicats y voient une nouvelle illustration d’une politique qui sacrifie l’investissement dans la jeunesse au nom des économies. Les organisations étudiantes appellent à des mobilisations dans les prochains jours pour exiger le respect des engagements de la coalition et une revalorisation des aides.
Le débat intervient alors que près de trois millions d’étudiants sont inscrits dans les universités allemandes. Parmi eux, environ 500 000 bénéficient d’une aide financière publique. Les associations étudiantes rappellent que sans une réforme rapide, le BAföG ne remplit plus sa mission fondamentale : garantir l’égalité des chances dans l’accès aux études supérieures.