À peine l’épisode caniculaire de la fin mai 2026 s’est-il achevé que le gouvernement a dévoilé, le 1er juin, un plan d’économies de six milliards d’euros, justifié par les tensions budgétaires liées au conflit au Moyen-Orient. Parmi les ministères touchés (Justice, Intérieur, Travail), celui de la Transition écologique subit une coupe de 275 millions d’euros, qui affecte directement deux instruments majeurs d’adaptation au dérèglement climatique : le Fonds vert et MaPrimeRénov’.
Selon les calculs du président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, les autorisations d’engagement du Fonds vert sont réduites de 163 millions d’euros, soit 19 % du budget initial, auxquels s’ajoute le gel de 54 millions d’euros de crédits de paiement. Créé en 2023 pour soutenir les collectivités locales dans des projets concrets (rénovation énergétique des écoles, installation de panneaux photovoltaïques, création de pistes cyclables), ce dispositif voit son enveloppe fondre de près de 20 %, après avoir déjà été divisée par trois depuis son lancement : 2,5 milliards d’euros en 2024, 1,15 milliard en 2025, puis environ 840 millions en 2026.
MaPrimeRénov’, la principale aide publique à la rénovation énergétique des logements, n’est pas épargnée. Ses autorisations d’engagement diminuent de près de 300 millions d’euros (soit 16 % du montant programmé), et 144 millions d’euros de crédits de paiement sont gelés. Ce dispositif, qui avait déjà connu des suspensions et un durcissement d’accès, passe d’un budget de 5 milliards d’euros en 2024 à 3,4 milliards en 2025, puis 3,6 milliards cette année — avant cette nouvelle coupe.
Une « variable d’ajustement budgétaire »
Ces décisions suscitent de vives critiques. Pour la responsable financements de la transition écologique du Réseau Action Climat, « une fois de plus, la transition écologique sert de variable d’ajustement budgétaire ». Elle souligne le paradoxe : alors que la hausse des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient pèse sur les ménages, « l’on paie le coût de notre dépendance aux énergies fossiles avec l’argent de la transition écologique ».
Les élus locaux, qui plébiscitent le Fonds vert (plus de 25 000 projets menés depuis sa création), se retrouvent dans l’incertitude. La rénovation des écoles, en particulier, est au cœur des préoccupations : 80 % des établissements scolaires auraient besoin de travaux thermiques importants pour faire face aux canicules futures, pour un coût estimé entre 40 et 50 milliards d’euros. Pendant la vague de chaleur de fin mai, 53 °C ont été mesurés dans une école primaire des Landes, provoquant malaises et vomissements.
Le contexte de la guerre au Moyen-Orient
Le gouvernement justifie ces économies par les conséquences budgétaires du conflit au Moyen-Orient, qui pèsent sur les finances publiques. Mais les observateurs pointent un choix politique : réduire les moyens d’adaptation au changement climatique au moment même où ses effets se font le plus durement sentir. L’épisode caniculaire, qualifié d’« inédit, historique, exceptionnel » par Météo-France, n’a pas infléchi la trajectoire.
Ces coupes interviennent alors que la France accuse déjà un retard dans l’adaptation de son bâti scolaire et de son parc de logements face à la multiplication des vagues de chaleur. Les associations écologistes et une partie de l’opposition dénoncent une « austérité écologique » qui sacrifie la préparation du pays aux défis climatiques.