L'exécutif envisage de remettre profondément en cause l'un des principes fondateurs du Compte personnel de formation (CPF) instauré en 2018. Selon des informations concordantes, le ministre du Travail a présenté un projet qui obligerait chaque titulaire à faire valider son projet de formation par un tiers de confiance avant de pouvoir mobiliser ses droits acquis. Ce tiers pourrait être l'employeur, France Travail ou un conseil en évolution professionnelle.

Un changement de cap radical

Ce dispositif marquerait un renoncement significatif à l'esprit de la réforme Macron, qui avait donné aux actifs la liberté de choisir et d'acheter directement une formation sans intermédiaire obligatoire. Le nouveau mécanisme introduirait un filtre systématique, destiné à s'assurer de la pertinence et de la cohérence du parcours choisi avec les besoins du marché du travail ou le projet professionnel de l'individu.

L'ancien président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a reconnu qu'il s'agissait d'un virage à 180 degrés pour le système. Le gouvernement justifie cette inflexion par la nécessité de mieux cibler les dépenses de formation et d'éviter les achats jugés non prioritaires ou sans débouchés.

Des économies attendues par Bercy

En toile de fond, le ministère de l'Économie et des Finances attend de cette mesure des économies substantielles. Le chiffre qui circule, sans confirmation officielle, est de l'ordre de 350 millions d'euros par an. Cette somme représenterait près d'un quart du budget annuel de France compétences pour le CPF, qui s'élève à 1,35 milliard d'euros cette année.

Cette pression sur les dépenses s'inscrit dans un contexte de recherche d'économies budgétaires tous azimuts. Le gouvernement explore plusieurs pistes pour réduire les déficits, et le CPF, dont le coût a fortement augmenté depuis 2018, constitue une cible privilégiée.

Des réactions déjà vives

L'annonce de ce projet suscite de vives réactions dans le monde de la formation professionnelle et chez les partenaires sociaux. Les organisations syndicales craignent que la procédure de validation ne crée des délais supplémentaires et ne décourage les salariés les moins qualifiés, qui sont pourtant les premiers bénéficiaires visés par le dispositif.

Du côté des organismes de formation, on redoute une baisse d'activité et une complexification administrative qui pourrait freiner l'innovation pédagogique. Certains observateurs estiment que ce retour à un système d'autorisation préalable risque de réduire considérablement le nombre de formations suivies.

Un calendrier encore flou

Le projet n'a pas encore été officiellement détaillé ni soumis au Parlement. La date d'entrée en vigueur éventuelle n'est pas précisée. Le gouvernement devrait poursuivre les consultations avec les partenaires sociaux dans les prochaines semaines avant de finaliser sa copie.

Depuis la réforme de 2018, jusqu'à 2 millions de titulaires ont utilisé leur CPF chaque année. Le nouveau mécanisme, s'il était adopté, modifierait en profondeur les habitudes des actifs et le paysage de la formation continue en France.