Le 12 juin 2025, le vol Air India 171, un Boeing 787 Dreamliner reliant Ahmedabad à Londres-Gatwick, s'est écrasé peu après son décollage sur un bâtiment de l'Institut de médecine B.J., à proximité de la ville. L'accident a causé la mort de 259 personnes : 241 passagers et membres d'équipage, ainsi que 18 personnes au sol. Un an plus tard, les familles des disparus disent toujours attendre des réponses claires sur les causes du drame et dénoncent les difficultés rencontrées pour obtenir des indemnisations.
Des témoignages de douleur et d'impuissance
Dans le quartier résidentiel de Meghani Nagar, jouxtant l'aéroport d'Ahmedabad, Sita Patni vit chaque jour avec les stigmates de la tragédie. Sa main droite, sa taille et ses deux jambes portent des brûlures, conséquences de sa tentative désespérée de sauver son fils Aakash, 14 ans, qui faisait la sieste sous l'auvent de son échoppe de thé. « S'il vous plaît, regardez mon fils, mon Aakash dormait là », avait-elle crié en courant vers les flammes. Vingt jours plus tard, elle a appris que son enfant était mort le jour même. Le bruit des avions survolant le quartier lui tire encore des larmes.
À Londres, Sagar Patel, cadre commercial, se souvient de son dernier appel avec sa mère, Hasumatiben, qui lui avait téléphoné avant le décollage, comme elle le faisait à chaque voyage. « Elle s'asseyait et m'appelait. Elle me disait : "Oui, je suis dans l'avion. À tout à l'heure." Je lui ai demandé ce qu'elle voulait pour dîner. Je lui ai dit : "Je viendrai te chercher." Ce fut ma dernière conversation avec elle », confie-t-il.
L'enquête piétine, les familles s'impatientent
Un rapport préliminaire diffusé par les autorités aéronautiques indiennes dans les semaines suivant l'accident imputait la responsabilité au commandant de bord. Cependant, l'enquête finale n'a toujours pas été rendue publique. Salim Patel, père de Sahil, 25 ans, l'une des victimes, conteste cette version et estime que l'appareil présentait un défaut technique. « Le visa par tirage au sort qui devait changer notre destin s'est avéré être un arrêt de mort », déclare-t-il, faisant référence au programme de visas de travail pour jeunes professionnels indiens au Royaume-Uni dont son fils avait bénéficié. Il réclame la peine de mort pour les responsables présumés de la catastrophe.
Procédures d'indemnisation contestées et menaces d'expulsion
Plusieurs familles dénoncent les conditions posées par Air India et sa maison mère, le conglomérat Tata, pour l'octroi d'une compensation. Selon Salim Patel, les représentants de la compagnie auraient exigé la preuve que son fils percevait un salaire au moment du drame, puis des photos de lui travaillant dans un bureau, avant d'envisager une indemnisation. Au moins 120 familles auraient saisi un cabinet d'avocats basé aux États-Unis pour les représenter, jugeant les montants proposés insuffisants au regard du droit indien.
À Londres, Muhammad Shethwala, 28 ans, vit un double calvaire. Son épouse, Sadika Tapeliwala, et sa fille Fatima avaient pris ce vol pour rentrer d'un mariage en Inde. Toutes deux ont péri. En plus de son deuil, il fait face à une procédure d'expulsion du Royaume-Uni, sa situation administrative étant fragilisée par le décès de son épouse, qui était le lien principal avec le territoire britannique.
Un anniversaire sous le signe de l'attente
Alors que les proches des victimes ont organisé des cérémonies de recueillement à Ahmedabad et à Londres, l'absence de conclusions définitives de l'enquête alimente la colère et le sentiment d'abandon. « Je ne veux que la justice », répète Sagar Patel, résumant le sentiment partagé par de nombreuses familles qui, un an après le drame, n'ont toujours pas obtenu de comptes rendus officiels complets ni de solutions pour leur avenir.