Un an après la catastrophe du vol Air India 171, qui reliait Ahmedabad à Londres, le crash continue de susciter de vifs débats. L'appareil, un Boeing 787-8 Dreamliner, s'est écrasé trente-deux secondes après son décollage le 12 juin 2025, faisant 260 morts – 230 passagers, 10 membres d'équipage et 19 personnes au sol – et un seul survivant, Vishwash Kumar Ramesh.
Les premiers éléments de l'enquête et la polémique
L'enquête officielle a été confiée à l'Aircraft Accident Investigation Bureau (AAIB) indien, sous l'égide du ministère de l'Aviation civile. Conformément à l'Annexe 13 de la Convention relative à l'aviation civile internationale, les États-Unis, pays constructeur de l'appareil et des moteurs, ont participé via le National Transportation Safety Board (NTSB), accompagné d'experts de Boeing, de GE Aerospace et de la Federal Aviation Administration.
Le rapport préliminaire, publié un mois après l'accident, n'a pas établi les causes définitives du crash. Cependant, deux courts paragraphes ont déclenché une controverse majeure. Selon l'enregistreur de paramètres, les deux interrupteurs de coupure de carburant – utilisés pour allumer ou éteindre les moteurs – sont passés de la position « marche » à « arrêt » peu après le décollage, privant les moteurs de carburant et entraînant une perte rapide de poussée.
L'enregistreur vocal du cockpit, quant à lui, capte l'un des pilotes demandant à l'autre pourquoi il avait coupé le carburant, l'autre répondant qu'il ne l'avait pas fait. Aucun des deux pilotes n'est nommé dans ce passage du rapport.
Ces éléments ont nourri une intense spéculation médiatique. Robert Sumwalt, ancien président du NTSB, a déclaré que « ce n'était pas un problème avec l'avion ou les moteurs. Mais… quelqu'un dans le cockpit a coupé le carburant de ces moteurs. » Peu après, des sources proches du dossier ont affirmé que les enregistrements pointaient vers le commandant de bord, Sumeet Sabharwal, comme étant celui qui aurait actionné les interrupteurs.
Réactions et critiques
L'AAIB a rapidement réagi en qualifiant ces informations de « sélectives et non vérifiées » et en appelant à ne pas « diffuser des récits prématurés qui risquent de compromettre l'intégrité du processus d'enquête ». Mais pour de nombreuses parties prenantes, le mal était fait. Des associations de défense des passagers, des syndicats de pilotes et des avocats représentant les familles des victimes ont exprimé leur mécontentement. « Quand un pilote est vivant, il peut se défendre », a notamment commenté un porte-parole d'une organisation professionnelle, soulignant l'absence de possibilité pour le commandant Sabharwal, décédé dans le crash, de répondre à ces accusations.
Les enjeux industriels et la confiance dans le système
Cette affaire pose une question plus large sur la crédibilité des enquêtes aéronautiques nationales. Boeing, déjà fragilisé par des années de scandales de sécurité, voit l'intégrité de son 787 Dreamliner – jusqu'alors doté d'un bilan irréprochable – remise en cause. Air India, compagnie déficitaire du groupe Tata, redoute une dégradation de son image. Les familles des victimes, elles, réclament la vérité sur les circonstances du drame.
Le rapport final n'a pas encore été publié, mais les critiques se multiplient sur les conflits d'intérêts potentiels et les pressions politiques et économiques qui pèseraient sur l'enquête. Certains experts appellent à une refonte du système international d'investigation des accidents aériens, afin de garantir une indépendance totale vis-à-vis des intérêts nationaux et des constructeurs.
Des précédents controversés
Ce n'est pas la première fois qu'une enquête suscite la controverse. Le texte d'experts cité dans le rapport de l'AAIB rappelle que, dans le passé, d'autres investigations ont été critiquées pour leur manque de transparence. L'épisode actuel pourrait ainsi servir de catalyseur pour une réforme globale.
En attendant, les prochains jours pourraient apporter des éclaircissements, mais la bataille pour déterminer la cause réelle du crash – et pour savoir qui, en définitive, pourra être tenu pour responsable – ne fait que commencer.