Cuba subit un désengagement sans précédent de la part des entreprises internationales, alors que l’administration américaine serre la vis. Les autorités cubaines ont annoncé que, dès ce samedi, les paiements par cartes Visa et Mastercard ne seront plus acceptés sur l’île. Cette interruption est directement liée à l’ordre exécutif signé le 1er mai par le président Donald Trump, qui impose aux groupes étrangers de rompre tout lien avec le Groupe d’administration d’entreprises (GAE SA), un conglomérat militaire cubain, avant le 5 juin, sous peine d’exclusion du système financier américain.
L’ultimatum a provoqué une hécatombe dans le secteur touristique, vital pour l’économie cubaine. Mercredi, le groupe espagnol Melia, premier opérateur hôtelier de l’île, a annoncé la mise en veilleuse immédiate de 15 de ses 34 établissements. La veille, trois autres groupes avaient jeté l’éponge : l’espagnol Iberostar (qui abandonne 12 hôtels sur 18), le canadien Blue Diamond Resorts (62 hôtels) et l’indonésien Archipelago International (6 hôtels). Ces décisions sont motivées par la situation jugée « critique et complexe » et par la crainte de sanctions financières.
Le tourisme n’est pas le seul secteur touché. Mi-mai, les compagnies maritimes CMA CGM (France) et Hapag-Lloyd (Allemagne) ont suspendu « temporairement » leurs réservations de fret à destination de Cuba, invoquant le décret trumpien. Dans le secteur minier, la compagnie canadienne Sherritt, qui exploitait nickel et cobalt sur l’île depuis les années 1990, s’est retirée début mai. La pénurie de kérosène, aggravée par l’embargo pétrolier et la chute du gouvernement vénézuélien, a déjà conduit au moins onze compagnies aériennes à suspendre leurs vols, dont Iberia qui a interrompu sa liaison directe Madrid-La Havane en début de semaine.
Le GAE SA, sous sanctions américaines depuis plusieurs années, est décrit par le secrétaire d’État Marco Rubio comme un « bras financier du régime castriste » conçu pour « les bénéfices d’une élite corrompue ». La Havane rejette ces accusations, affirmant que ce conglomérat est une « réponse soigneusement élaborée et d’une efficacité prouvée contre le blocus économique ». Selon les autorités cubaines, l’interruption des paiements par cartes internationales est une conséquence directe de l’ordre exécutif du 1er mai.
Jeudi, Washington a accentué sa pression en plaçant sous sanctions économiques le président cubain Miguel Diaz-Canel ainsi que des membres de la famille Castro, notamment un fils de l’ancien dirigeant. Ces mesures s’ajoutent à une série de restrictions qui asphyxient l’île : entre janvier et avril, le nombre de visiteurs internationaux a chuté de près de 56 %, réduisant à néant les recettes en devises. L’ultimatum du 5 juin, qui expire aujourd’hui, devrait encore accélérer le désengagement des entreprises étrangères, plongeant Cuba dans une crise économique et diplomatique majeure.