Le géant espagnol de l'hôtellerie Meliá Hotels International mettra un terme à l'ensemble de ses activités à Cuba dès vendredi. Cette décision, confirmée par le groupe, concerne les 34 établissements qu'il exploitait sur l'île, dont notamment le célèbre Meliá Cohiba à La Havane.
Cette rupture soudaine intervient dans un contexte de pression croissante exercée par Washington. Le retour de l'administration Trump à la Maison-Blanche s'est accompagné d'un durcissement significatif de l'embargo américain contre Cuba. Le renforcement des sanctions, en particulier celles visant les entreprises étrangères ayant des liens avec le secteur touristique cubain, a placé Meliá dans une position intenable.
Une décision stratégique sous la contrainte
Pour Meliá, opérer à Cuba était devenu juridiquement risqué. La législation américaine, via les titres III et IV de la loi Helms-Burton, permet aux États-Unis de poursuivre les compagnies étrangères qui «trafiquent» des biens confisqués à des Américains après la révolution cubaine. En maintenant sa présence, le groupe s'exposait à des sanctions financières et à des restrictions d'accès au marché américain, un enjeu vital pour la chaîne hôtelière qui possède de nombreuses propriétés aux États-Unis.
Le groupe hôtelier a justifié son retrait par l'impossibilité de poursuivre ses activités dans un climat juridique et économique devenu trop hostiles. Aucun détail n'a été fourni sur le sort des employés cubains ou sur les modalités de passation avec les autorités locales.
Un coup dur pour le tourisme cubain
Cette annonce constitue un sévère revers pour l'économie cubaine, déjà exsangue. Le tourisme, pilier essentiel du pays, perd l'un de ses plus importants partenaires étrangers. Meliá était présent à Cuba depuis plusieurs décennies et gérait des complexes hôteliers parmi les plus prisés de l'île. La fermeture de ces établissements risque d'entraîner des suppressions d'emplois massives et de réduire encore davantage l'afflux de visiteurs étrangers.
Les autorités cubaines n'ont pas encore officiellement réagi à cette décision. Cependant, le gouvernement de Miguel Díaz-Canel dénonce régulièrement ce qu'il qualifie de «guerre économique» menée par Washington.
Une escalade des tensions
Ce départ s'inscrit dans une série de mesures américaines visant à asphyxier l'économie cubaine. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a rétabli et renforcé les restrictions imposées par sa précédente administration, notamment en limitant les voyages et les envois de fonds (remesas) vers l'île. Plusieurs entreprises étrangères, craignant des représailles judiciaires, ont déjà réduit ou cessé leurs investissements à Cuba.
La décision de Meliá pourrait faire jurisprudence et inciter d'autres groupes internationaux présents sur l'île à suivre le même chemin, accentuant l'isolement économique de Cuba. Pour La Havane, la perte de ce partenaire hôtelier de premier plan représente un défi majeur dans un contexte où les sources de devises se tarissent.