Les arnaques en ligne atteignent une ampleur sans précédent en Asie et dans le Pacifique, où les victimes ont perdu jusqu’à 114,1 milliards de dollars l’année dernière, selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Ce montant, qui englobe les pertes recensées dans plusieurs territoires de la région, marque une progression spectaculaire par rapport aux années précédentes : les sommes dérobées ont triplé depuis 2023, témoignant de la professionnalisation croissante des groupes criminels.
Une région devenue épicentre mondial des cyberarnaques
L’Asie de l’Est, l’Asie du Sud-Est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande concentrent désormais l’essentiel de cette criminalité numérique. Les centres d’arnaques, qui pullulent dans la zone, sont décrits comme une industrie très lucrative, alimentée par des organisations criminelles de mieux en mieux structurées. Ces dernières opèrent simultanément sur plusieurs marchés illicites, allant des escroqueries sentimentales aux faux investissements en cryptomonnaies, en passant par les usurpations d’identité.
Parmi les pays les plus touchés au cours des deux dernières années figurent la Chine, la Corée du Sud et Taïwan. Les pertes y sont particulièrement élevées, reflétant à la fois une forte numérisation des économies et une vulnérabilité accrue des populations face à des attaques de plus en plus sophistiquées. Le rapport de l’ONUDC souligne que ces groupes criminels adaptent leurs méthodes en fonction des contextes locaux, exploitant les failles des systèmes financiers et les lacunes de la coopération internationale.
Des techniques d’escroquerie en constante évolution
Les arnaques en ligne prennent des formes variées, allant des appels frauduleux aux fausses plateformes d’investissement. Les criminels utilisent des technologies de pointe, comme l’intelligence artificielle, pour personnaliser leurs pièges et contourner les mesures de sécurité. Les victimes, souvent des particuliers peu avertis, se voient soutirer des sommes parfois considérables, allant de quelques centaines à plusieurs millions de dollars. Les autorités locales peinent à endiguer le phénomène en raison de la nature transnationale des réseaux et de la complexité des enquêtes.
Le rapport insiste également sur le lien entre ces cyberarnaques et d’autres formes de criminalité organisée, comme le blanchiment d’argent et la traite des êtres humains. Certains centres d’arnaques seraient en effet liés à des filières d’esclavage moderne, où des personnes sont contraintes de travailler dans des conditions inhumaines pour perpétrer ces escroqueries. Cette dimension ajoute une urgence humanitaire à une crise déjà économique.
Un appel à une coopération internationale renforcée
Face à l’ampleur du phénomène, l’ONUDC appelle les gouvernements de la région à intensifier leur collaboration, tant au niveau du partage de renseignements que de la coordination des poursuites judiciaires. Le rapport recommande notamment de mieux réguler les plateformes de messagerie et les services financiers en ligne, qui sont souvent utilisés comme vecteurs par les criminels. Il préconise aussi de renforcer la protection des données personnelles et de sensibiliser les citoyens aux risques.
Les pertes estimées à 114,1 milliards de dollars pour la seule année 2025 ne reflètent qu’une partie de la réalité, de nombreuses escroqueries n’étant jamais signalées. Les experts estiment que le montant réel pourrait être bien plus élevé. La progression fulgurante des cyberarnaques en Asie et dans le Pacifique en fait un défi majeur pour la sécurité numérique et la stabilité économique de la région.