Le gouvernement français a haussé le ton face à une vague de cyberattaques attribuées à la Russie. Lundi, le chef de la diplomatie française a fait savoir que l'ambassadeur russe serait convoqué au Quai d'Orsay dans les jours à venir, en réponse à ce qui est qualifié de « vaste campagne cyber aux buts de sabotage et d'espionnage ».
Cette offensive, menée depuis plusieurs années selon les autorités, cible des institutions stratégiques françaises. Ministères, ambassades, industries de défense, organismes judiciaires et entreprises technologiques figurent parmi les entités visées. L'opération, connue sous le nom de code Turla, est pilotée par le 16e Centre du Service fédéral de sécurité (FSB) russe, et plus précisément par son unité 61240, dont la mission est le ciblage de la France. Le Centre de coordination des crises cyber (C4) a publié un rapport détaillant des infiltrations remontant au moins à 2004, avec une intensification à partir de 2010.
Une campagne qui dépasse les frontières françaises
L'ampleur du phénomène est européenne. La Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a nommément cité l'Allemagne, la Pologne, Chypre, les Pays-Bas, l'Autriche, la Slovaquie, la Roumanie et la Finlande comme pays également touchés. L'UE a condamné « avec la plus grande fermeté » ces actions et a évoqué l'adoption de nouvelles sanctions à l'encontre d'individus et d'entités russes impliqués dans ces activités malveillantes. Des mesures similaires ont été annoncées par le Royaume-Uni.
Les opérations ne se limitent pas à l'espionnage. Des tentatives de sabotage d'infrastructures critiques, notamment ferroviaires en Pologne, ont été rapportées. La France elle-même a subi des actions de déstabilisation ciblant par exemple les Jeux olympiques de Paris, selon des sources concordantes.
Un mode opératoire sophistiqué depuis deux décennies
Les enquêtes techniques menées par les services de cybersécurité français mettent en lumière un écosystème offensif rodé. Le groupe Turla, également désigné sous les noms de Secret Blizzard ou Venomous Bear, utilise des malwares avancés et exploite des failles dites « jour zéro » pour pénétrer les systèmes. Des sociétés russes comme AO AST ou NPP Gamma serviraient de relais techniques aux services de renseignement offensifs. Le personnel du 16e Centre du FSB est estimé à plus de 560 personnes réparties dans une dizaine de directions.
Une réponse graduée de Paris et Bruxelles
Outre la convocation diplomatique, la France a officiellement attribué ces cyberattaques à la Russie dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Paris enjoint Moscou à respecter le cadre normatif des Nations unies sur le comportement responsable des États dans le cyberespace. L'Union européenne, de son côté, prépare un nouveau train de sanctions visant spécifiquement les responsables de ces opérations. Les autorités françaises n'ont pas exclu d'autres mesures de rétorsion, sans en préciser la nature à ce stade.
Cette escalade verbale et diplomatique reflète une tension croissante entre l'Europe et la Russie dans le domaine numérique, transformé en champ de confrontation hybride.