Le tribunal de Paris doit se prononcer ce mardi 9 juin sur le sort de neuf personnes poursuivies pour diffamation envers Sophie Djigo, enseignante en philosophie et chercheuse spécialisée dans les questions migratoires. Parmi les prévenus figurent le chef du parti Reconquête, Éric Zemmour, ainsi que deux élus du Rassemblement national, les députés Alexandre Dufosset et Joshua Hochart.
Des propos accusés d’avoir provoqué un déferlement de haine
L’affaire remonte à une sortie scolaire organisée par Sophie Djigo à Calais, dans le nord de la France. À la suite de cette excursion, des accusations ont été formulées sur les réseaux sociaux et dans des médias : l’enseignante se serait livrée à « un endoctrinement » de ses élèves et à une « propagande pour l’immigration ». Ces allégations, reprises par des figures politiques d’extrême droite, auraient déclenché une vague massive de cyberharcèlement à l’encontre de la professeure.
Sophie Djigo a décidé de porter plainte contre neuf personnes, estimant que les propos tenus constituent une diffamation publique. Outre Éric Zemmour et les deux députés RN, le collectif « Parents Vigilants » est également mis en cause, ainsi que plusieurs de ses membres.
Un procès sous tension
L’audience s’est tenue en mars dernier devant le tribunal correctionnel de Paris. Les avocats de la partie civile ont plaidé pour que soit reconnue la responsabilité des prévenus dans la propagation d’informations mensongères ayant entraîné des conséquences graves pour leur cliente : insultes, menaces, messages haineux, jusqu’à la nécessité de changer d’établissement scolaire pour Sophie Djigo.
De leur côté, les avocats de la défense ont contesté l’intention diffamatoire. Ils ont notamment soutenu que leurs clients avaient exercé leur liberté d’expression et que leurs critiques portaient sur des faits relevant d’un débat d’intérêt général.
Les prévenus risquent une peine d’amende et de prison
En matière de diffamation publique, le code pénal prévoit jusqu’à 12 000 euros d’amende pour une personne physique et 45 000 euros pour une personne morale, ainsi qu’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à un an dans les cas les plus graves. La décision du tribunal, attendue ce mardi, pourrait également inclure l’obligation de publier le jugement ou d’indemniser la partie civile.
Un précédent jurisprudentiel en débat
Cette affaire s’inscrit dans une série de procès récents où des personnalités politiques sont poursuivies pour des propos tenus en ligne ou dans les médias à l’encontre d’enseignants. Elle soulève des questions récurrentes sur la frontière entre liberté d’opinion et diffamation, ainsi que sur la responsabilité des élus dans la diffusion d’informations non vérifiées pouvant alimenter des campagnes de harcèlement.
Sophie Djigo, qui a dû quitter son poste à Roubaix après les faits, espère que la justice reconnaîtra le préjudice subi. La décision sera examinée avec attention par les associations de défense des droits des enseignants et par les observateurs de la vie politique.