Un décret signé le 26 mai dernier par le président ukrainien a ravivé des blessures historiques entre Kiev et Varsovie. En donnant à une unité de forces spéciales le nom de « Héros de l’UPA » (armée insurrectionnelle ukrainienne), Volodymyr Zelensky a suscité une vive réaction de la part des autorités polonaises. Pour le président polonais Karol Nawrocki, cette décision constitue une glorification d’une formation responsable de crimes de guerre contre des civils polonais durant la Seconde Guerre mondiale.
« Malheureusement, le président Zelensky a montré que l’Ukraine, sur le plan mental, en glorifiant des bandits, des meurtriers de l’armée insurrectionnelle ukrainienne, n’est pas prête à faire partie de la famille européenne », a déclaré Karol Nawrocki le 29 mai à Varsovie. « Dans la famille européenne, on ne peut pas glorifier des bandits qui ont assassiné des femmes et des enfants, qui ont assassiné des Polonais. »
Une décision aux lourdes implications diplomatiques
L’UPA, formée après l’attaque de l’Allemagne nazie contre l’Union soviétique en 1941, a d’abord combattu aux côtés des forces allemandes pour l’indépendance de l’Ukraine. Elle a ensuite commis des massacres contre la population polonaise, notamment en Volhynie et en Galicie orientale, une région aujourd’hui partagée entre la Pologne et l’Ukraine. En qualifiant son décret de mesure visant à « restaurer les traditions historiques de l’armée nationale », le président ukrainien a heurté la sensibilité historique de son voisin.
Le président Nawrocki a annoncé son intention d’engager une procédure pour retirer à Volodymyr Zelensky l’ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, qui lui avait été remise en 2023 par l’ancien président Andrzej Duda. Le jury chargé de cette attribution doit examiner le dossier le 8 juin.
Une opposition politique entre Varsovie et Kiev
L’alliance militaire avec l’Ukraine constituait un pilier de la politique étrangère de la Pologne sous la présidence d’Andrzej Duda. Le soutien militaire et politique de Varsovie avait joué un rôle clé dans la capacité de l’Ukraine à repousser les assauts russes lors de la première phase du conflit en 2022.
Karol Nawrocki, issu de la droite conservatrice, a adopté une ligne plus critique envers Kiev. Durant sa campagne électorale en 2025, il avait déjà exprimé son scepticisme quant à une adhésion rapide de l’Ukraine à l’Union européenne et critiqué les aides sociales accordées aux réfugiés ukrainiens en Pologne, qu’il jugeait trop généreuses. Un an après son élection, il ne s’est toujours pas rendu à Kiev et a reçu son homologue ukrainien à Varsovie en décembre dernier.
Le premier ministre tente d’apaiser les tensions
Dans ce climat tendu, le premier ministre polonais Donald Tusk a cherché à limiter l’escalade. Il a souligné que la décision de Kiev avait violé la « sensibilité historique » de la Pologne. Tout en reconnaissant que chaque nation a le droit à sa propre interprétation du passé, il a estimé que le geste de Volodymyr Zelensky allait trop loin. Le chef du gouvernement, figure pro-européenne, tente de préserver un canal de dialogue avec un allié stratégique face à la Russie.