Le débat sur la capacité de l'Europe à se défendre face à la montée en puissance de la Chine gagne en intensité dans les cercles économiques et politiques. Alors que les relations entre Bruxelles et Pékin se tendent sur les dossiers commerciaux, technologiques et sécuritaires, plusieurs voix s'élèvent pour réclamer une stratégie européenne plus cohérente et plus robuste.

Un nécessaire sursaut budgétaire

Au cœur des discussions figure la question des moyens financiers alloués à la défense. Plusieurs sénateurs français débattent actuellement d'une actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) qui viserait à consacrer 2,7 % du produit intérieur brut (PIB) aux armées d'ici 2030. Cette proposition, examinée depuis mardi, illustre une volonté de hausse significative des crédits, dans un contexte où les menaces potentielles, y compris venues de l'Est et de l'Extrême-Orient, sont jugées plus pressantes.

L'effort budgétaire ne serait pas uniquement français. Au niveau européen, la perspective d'investissements communs dans des capacités de défense, de la cybersécurité à l'espace en passant par les systèmes d'armement, est évoquée avec une acuité nouvelle. La Chine, par ses avancées technologiques et ses ambitions militaires, est perçue comme un concurrent systémique qui impose à l'Europe de revoir ses priorités.

Une industrie de défense sous pression

Au-delà du budget, c'est la base industrielle de défense européenne qui est scrutée. Le secteur doit à la fois répondre aux commandes nationales, soutenir l'Ukraine et se préparer à un possible conflit de haute intensité. Cela nécessite des chaînes d'approvisionnement résilientes et une moindre dépendance vis-à-vis de composants ou de technologies clés venant de pays tiers, dont la Chine.

Plusieurs acteurs du secteur réclament une politique européenne plus volontariste en matière d'innovation et de production. Le développement de drones, de systèmes de défense antimissile et de capacités spatiales est cité comme prioritaire. La France, via son ministère des Armées, pousse pour une meilleure coordination des achats et des programmes entre États membres.

La dimension commerciale et technologique

La défense de l'Europe ne se limite pas au volet militaire. La compétition avec la Chine passe aussi par la protection des technologies critiques et la réduction des dépendances stratégiques. Les discussions sur le filtrage des investissements étrangers, la sécurité des réseaux 5G et l'intelligence artificielle sont au cœur des préoccupations.

La récente décision du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, d'interdire l'exposition d'armes offensives israéliennes au salon Eurosatory a relancé le débat sur la cohérence des positions européennes face à des partenaires et des rivaux. Certains y voient une illustration des difficultés à définir une ligne commune sur les exportations d'armement et les relations avec des puissances comme la Chine, alliée de la Russie.

Un équilibre diplomatique délicat

L'Europe cherche aussi à maintenir un dialogue commercial avec Pékin tout en se protégeant. L'accord commercial entre l'Inde et les États-Unis, qualifié de proche d'une finalisation, sert de rappel à Bruxelles : d'autres blocs négocient activement, et l'Union pourrait se retrouver isolée si elle ne parvient pas à définir une approche unifiée.

Dans ce contexte, la question centrale demeure : comment l'Europe peut-elle défendre ses intérêts sans compromettre ses relations économiques avec la Chine, deuxième économie mondiale ? Les réponses apportées dans les mois à venir, qu'elles soient budgétaires, industrielles ou diplomatiques, dessineront le visage de la souveraineté européenne pour la décennie à venir.