La Chambre régionale des comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine a officiellement qualifié d’« excessif » le déficit inscrit au budget 2025 du département de la Gironde. Dans un avis rendu le 16 juillet, l’institution évalue ce déficit à 142,4 millions d’euros, soit 6,97 % des recettes de fonctionnement de la collectivité. Ce ratio dépasse le seuil réglementaire de 5 %, au-delà duquel un déséquilibre est considéré comme excessif par la loi. La procédure engagée est qualifiée de « totalement inédite pour un département » par la juridiction financière.

L’écart entre les prévisions de l’exécutif départemental et les calculs de la CRC est significatif. Le conseil départemental, présidé par le socialiste Jean‑Luc Gleyze, estimait en effet le déficit à 38,5 millions d’euros. La différence provient notamment de l’intégration par la CRC de 92 millions d’euros de dépenses non rattachées, qui n’avaient pas été comptabilisées dans le budget initial. Cette régularisation comptable explique la hausse du montant constaté.

Un retour à l’équilibre repoussé à 2029

Dans son analyse, la CRC juge qu’un retour à des excédents ne pourra pas être envisagé avant la fin de l’exercice 2029. Cette perspective lointaine a conduit la juridiction à recommander un contrôle renforcé des finances départementales dès 2027. Le département de la Gironde, l’un des plus peuplés de France avec près de 1,7 million d’habitants, voit ainsi sa gestion budgétaire placée sous surveillance étroite.

La qualification de « déficit excessif » déclenche une procédure spécifique prévue par le code général des collectivités territoriales. Celle-ci peut aboutir, en l’absence de mesures correctives suffisantes, à une saisine de la chambre régionale des comptes pour avis sur un plan de redressement, voire à un encadrement renforcé par le représentant de l’État dans le département. Toutefois, à ce stade, aucune sanction n’a été prononcée.

Les causes de la dégradation

Plusieurs facteurs expliquent la dégradation des comptes girondins. La collectivité a dû faire face à une hausse de ses dépenses de fonctionnement, notamment dans les secteurs du social et de l’insertion, sans que les recettes correspondantes (dotations de l’État, produits fiscaux) progressent au même rythme. La baisse des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), liée au ralentissement du marché immobilier, a également pesé sur les recettes d’investissement.

Réactions politiques

La présidence socialiste du conseil départemental a justifié la situation par un contexte national défavorable, évoquant la baisse des concours de l’État et des charges croissantes liées aux compétences obligatoires des départements. En retour, la majorité départementale a annoncé un plan d’économies visant à réduire les dépenses de fonctionnement et à renforcer l’attractivité du territoire pour stimuler les recettes fiscales.

L’opposition locale, de son côté, a critiqué la gestion budgétaire de l’exécutif, estimant que des choix de gestion plus rigoureux auraient pu éviter d’atteindre un tel niveau de déficit. Le débat public sur les finances du département devrait s’intensifier dans les semaines à venir, alors que le conseil départemental devra présenter un budget rectificatif conforme aux recommandations de la CRC.