Dans une maison située à la périphérie d’une commune française, Pauline Abad a fait le choix d’ouvrir son foyer à des personnes âgées qui ne peuvent plus vivre seules. Cette ancienne aide-soignante a transformé sa propriété en lieu de vie partagé, offrant ainsi une alternative aux établissements spécialisés. « D’où je viens, on n’abandonne pas nos aînés dans les institutions », explique-t-elle, résumant la philosophie qui guide son quotidien.
Le dispositif repose sur un agrément délivré par le conseil départemental, qui encadre l’accueil de trois résidents maximum. Pauline Abad partage avec eux les repas, les moments de convivialité et veille sur leur santé. Les chambres sont individuelles, et les espaces communs permettent de recréer une atmosphère familiale. « Je voulais que mes parents puissent vieillir dans un cadre humain, pas dans une machine administrative », ajoute-t-elle en évoquant l’origine de son projet.
Ce type d’hébergement, appelé « accueil familial », reste relativement peu répandu en France. Il séduit pourtant par son approche personnalisée : chaque senior conserve son rythme de vie, ses habitudes et un lien direct avec sa famille. La rémunération de l’accueillant est prise en charge par l’aide sociale départementale et par la participation financière du résident, dans une limite fixée par la loi.
Un modèle en développement mais encore fragile
Malgré ses avantages, cette formule fait face à plusieurs obstacles. Le recrutement de nouveaux accueillants est difficile, en raison des contraintes administratives et de la charge émotionnelle que représente la prise en charge de personnes dépendantes. De nombreux départements peinent à trouver des candidats, alors que la demande augmente avec le vieillissement de la population.
Pauline Abad insiste sur la nécessité d’un accompagnement psychologique pour les accueillants, souvent confrontés à la perte de leurs résidents après plusieurs années de vie commune. « Ce n’est pas un métier comme un autre, c’est une vocation. Mais il faut aussi des outils pour tenir dans la durée », confie-t-elle.
L’initiative a également attiré l’attention d’élus locaux, qui y voient une piste pour désengorger les Ehpad et réduire les coûts pour les collectivités. Une réflexion est en cours pour améliorer la formation des accueillants familiaux et harmoniser les pratiques entre les départements.
Vers une reconnaissance plus large ?
Si l’accueil familial est encadré par le code de l’action sociale et des familles, son développement reste inégal sur le territoire. Certains départements, comme celui où réside Pauline Abad, ont mis en place des plateformes de soutien, mais d’autres tardent à structurer l’offre. Des associations de familles d’accueil et des syndicats professionnels militent pour une meilleure reconnaissance du statut et une revalorisation des rémunérations.
L’exemple de Pauline Abad montre qu’une solution intermédiaire entre le maintien à domicile et l’institution est possible, à condition que les pouvoirs publics s’engagent davantage. « On ne demande pas la lune, seulement qu’on nous considère comme des acteurs à part entière du grand âge », conclut-elle.