Strait of Hormuz blockade: deux témoins racontent l'enfer des marins piégés
La fermeture du détroit d'Ormuz, conséquence directe du conflit opposant les États-Unis à l'Iran, retient prisonniers quelque 20 000 marins civils depuis trois mois. Dans ce goulet d'étranglement stratégique, les équipages des navires marchands ne peuvent ni avancer ni reculer, pris sous la menace constante des opérations militaires. Alors que des discussions diplomatiques laissent entrevoir une possible désescalade, la communauté maritime retient son souffle.
Deux marins, deux sorts différents
Le capitaine Virendra Vishwakarma, qui a réussi à quitter la zone, témoigne des conditions extrêmes subies par les équipages. « L'incertitude pèse lourdement sur les 20 000 marins piégés dans la zone de guerre iranienne », a-t-il confié, décrivant un stress et un épuisement généralisés. Il raconte l'impossibilité de se ravitailler normalement, les communications coupées et la peur permanente des frappes ou des tirs croisés.
Aung Thu Khant, lui, est toujours bloqué. Son quotidien est rythmé par la promiscuité, la pénurie de provisions fraîches et l'absence de toute perspective de départ. Il exprime le sentiment d'abandon ressenti par ces hommes et ces femmes qui ont vu leur contrat de travail se muer en assignation à résidence flottante.
Un corridor maritime stratégique paralysé
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est devenu une nasse. Depuis l'ouverture des hostilités il y a trois mois, l'Iran en contrôle de fait l'accès, interdisant toute sortie aux navires présents dans le golfe Persique. Les bateaux de commerce, les pétroliers et les porte-conteneurs sont à l'arrêt, leurs équipages transformés en otages involontaires d'une guerre qu'ils n'ont pas choisie.
L'Organisation maritime internationale a recensé la situation de ces milliers de marins, dont beaucoup viennent des Philippines, d'Inde ou d'autres pays d'Asie du Sud-Est. Leurs familles, restées au pays, vivent dans l'angoisse de ne plus avoir de nouvelles. Les associations humanitaires tirent la sonnette d'alarme sur l'état psychologique des personnels bloqués.
Des négociations en pointillé
Les pourparlers de paix entre Washington et Téhéran, qui ont connu des signaux contradictoires ces dernières semaines, suscitent un espoir mesuré. Les deux capitales ont indiqué des « progrès possibles », mais aucune annonce concrète n'a encore permis de lever le blocus du détroit. Les marins restent suspendus à l'issue de ces discussions diplomatiques.
En attendant, la flotte immobilisée continue de se détériorer. Les réserves de nourriture et d'eau potable s'amenuisent, les machines tournent au ralenti pour économiser le carburant et les équipages doivent gérer seuls les problèmes techniques ou médicaux. Le capitaine Vishwakarma, qui a pu sortir, qualifie l'expérience de « cauchemar logistique et humain ». Aung Thu Khant, toujours à bord, attend que la diplomatie ouvre enfin une porte de sortie.
L'issue de cette crise humanitaire silencieuse dépend désormais des négociations au sommet. Chaque jour qui passe accroît la détresse des 20 000 naufragés d'Ormuz.