Un environnement réputé hostile livre ses premiers secrets

Alors que les abysses océaniques étaient souvent perçus comme des déserts biologiques en raison de l’absence de lumière, des températures glaciales et d’une pression écrasante, une série d’expéditions menées entre 2020 et 2024 dans le Pacifique vient bouleverser cette vision. Des chercheurs ont identifié 32 espèces appartenant à six grands groupes biologiques dans des fosses situées à l’ouest du Pérou, à plus de dix kilomètres sous la surface. L’étude, publiée dans la revue Science, décrit un véritable écosystème là où l’on ne soupçonnait qu’un vide abyssal.

Une centaine de plongées dans les fosses les plus extrêmes

Une vingtaine de scientifiques ont réalisé près d’une centaine de descentes à bord du submersible habité chinois Fendouzhe, qui peut atteindre des profondeurs records. Les zones ciblées étaient les fosses des Mariannes et des Kermadec, deux des points les plus profonds de la planète. Accrochées aux parois rocheuses, dans l’obscurité totale, des communautés d’organismes se sont développées malgré une pression équivalente, selon une comparaison des chercheurs, au poids d’environ trois cents éléphants posés sur un être humain.

Quatre espèces « de taille millimétrique » déjà décrites

Le professeur Peng Xiaotong, coauteur de l’étude, a indiqué que quatre nouvelles espèces de taille millimétrique ont été formellement décrites. Certaines ressemblent à de petits vers transparents, d’autres à des filaments ou à de mini-structures en éventail. Les prélèvements ont également révélé une nouvelle famille de foraminifères – des micro-organismes marins unicellulaires – ainsi qu’une nouvelle famille de bryozoaires, de petits animaux coloniaux. La plupart des 32 espèces recensées n’avaient encore jamais été observées.

Une survie rendue possible par la matière organique en suspension

Ces créatures se nourrissent de la matière organique qui tombe des couches supérieures de l’océan, un apport suffisant pour soutenir un réseau trophique dans un environnement dépourvu de photo-synthèse. Ce constat repousse un peu plus les limites connues de la vie sur Terre et souligne que les abysses océaniques demeurent largement inexplorés.

Une collaboration sino-indonésienne en toile de fond

Le submersible Fendouzhe a par ailleurs servi, en mars 2024, à une expédition conjointe entre l’Académie chinoise des sciences et l’Agence nationale de la recherche et de l’innovation indonésienne, qui a touché le fond de la fosse de Java à 7 178 mètres. Les travaux dans le Pacifique confirment que même les zones les plus reculées du globe peuvent abriter une biodiversité insoupçonnée, dont l’étude ne fait que commencer.