Une avancée thérapeutique significative vient d'être rapportée dans la lutte contre le cancer du pancréas, l'un des plus redoutables par son pronostic souvent très sombre. Un nouveau médicament, le daraxonrasib, a montré sa capacité à doubler l'espérance de vie de certains malades. Les résultats de cette étude, qualifiés d'« espoir majeur » par les spécialistes, pourraient également bénéficier à d'autres formes de cancers.
Le daraxonrasib est un inhibiteur oral qui cible spécifiquement la mutation du gène KRAS G12D, présente chez environ un tiers des patients atteints d'adénocarcinome pancréatique. Cette mutation est historiquement considérée comme « non-druggable », c'est-à-dire impossible à inhiber par un médicament. L'essai clinique de phase 1/2 a inclus des patients ayant déjà reçu une chimiothérapie et dont le cancer était en progression. Les données présentées lors d'un congrès international d'oncologie montrent que le traitement a permis de doubler la médiane de survie sans progression, atteignant environ six mois supplémentaires par rapport aux traitements standards. « Gagner six mois de vie, c'est énorme pour ces patients », a commenté un oncologue investigateur de l'étude, soulignant que chaque mois compte dans cette maladie.
Un ciblage précis de la mutation KRAS
La molécule a été développée pour bloquer la protéine KRAS mutée, qui agit comme un interrupteur laissé en position « on » permanent, provoquant une division cellulaire incontrôlée. En se fixant sur cette protéine anormale, le daraxonrasib interrompt les signaux de croissance tumorale. L'essai a montré un taux de réponse objective (réduction de la taille de la tumeur) chez près d'un tiers des participants, un résultat jugé remarquable dans ce contexte de cancer résistant. Les effets secondaires les plus fréquents rapportés sont des nausées, de la fatigue et des élévations des enzymes hépatiques, mais le profil de tolérance a été jugé acceptable par les cliniciens.
Des implications au-delà du pancréas
La mutation KRAS G12D n'est pas exclusive au cancer du pancréas. On la retrouve également dans une proportion significative de cancers du côlon et du poumon non à petites cellules. « Ce qui fonctionne dans le pancréas pourrait très bien marcher dans d'autres tumeurs solides porteuses de la même altération génétique », a expliqué le chercheur principal de l'essai. Des études complémentaires sont d'ores et déjà en cours pour évaluer l'efficacité du daraxonrasib dans ces autres indications. La convergence des résultats laisse espérer que ce traitement pourrait devenir une option thérapeutique pour plusieurs milliers de patients chaque année.
Un espoir dans un paysage thérapeutique longtemps désertique
Le cancer du pancréas est l'un des cancers au pronostic le plus sévère : le taux de survie à cinq ans ne dépasse pas 10 %. Il est souvent diagnostiqué à un stade avancé, lorsque la chirugie n'est plus possible. Les options thérapeutiques se limitaient jusqu'ici à la chimiothérapie, avec une efficacité limitée. L'arrivée du daraxonrasib représente donc une rupture dans ce domaine. Les experts estiment que si les résultats se confirment dans des essais de phase 3, ce traitement pourrait rapidement devenir un standard de soin pour les patients porteurs de la mutation KRAS G12D. L'espoir est d'autant plus grand que d'autres inhibiteurs de KRAS, ciblant différentes mutations, sont également en développement, inaugurant une nouvelle ère de médecine personnalisée pour ces cancers difficiles.