David Hockney, l'un des artistes les plus célèbres et les plus inventifs du XXe siècle, est décédé à l'âge de 88 ans. Sa disparition a suscité de nombreux hommages à travers le monde, saluant la mémoire d'un peintre qui a su capturer l'essence d'une époque et d'un lieu avec une franchise et une joie de vivre inégalées.

Né à Bradford, en Angleterre, Hockney a bouleversé l'art de la seconde moitié du XXe siècle. S'il a d'abord connu le succès au Royaume-Uni, c'est son installation à Los Angeles en 1964 qui a véritablement défini sa carrière. Attiré par la liberté et la vie nocturne décrites dans le roman "City of Night" de John Rechy, il a immédiatement adopté la lumière éclatante et les paysages artificiels de la côte ouest américaine. Son regard neuf sur la ville l'a poussé à une réflexion célèbre : "Mon Dieu, cet endroit a besoin de son Piranèse", en référence à l'artiste vénitien qui avait documenté la Rome antique.

Ses premières toiles californiennes, comme "Plastic Tree Plus City Hall", célébraient ouvertement l'artificialité de Los Angeles, utilisant des peintures acryliques aux couleurs vives pour traduire cette "folie antiseptique et sur-luminée" décrite par le critique Robert Hughes. Très vite, les piscines sont devenues son sujet de prédilection. Des œuvres comme "Sunbather" (1966) et le célèbre "A Bigger Splash" (1967) sont devenues des symboles, capturant à la fois l'hédonisme solaire et une certaine aliénation élégante du mode de vie californien. Le critique d'architecture Reyner Banham a même utilisé ce dernier tableau pour illustrer la couverture de son ouvrage fondateur "Los Angeles: The Architecture of Four Ecologies".

Un artiste libre et engagé

Pour Hockney, Los Angeles représentait bien plus qu'un simple décor. C'était un lieu d'émancipation. Selon Richard Benefield, ancien directeur de la Fondation David Hockney, la ville était l'endroit où il pouvait être "complètement libre" et vivre son homosexualité sans les contraintes sociales qui prévalaient encore au Royaume-Uni dans les années 1960. Cette liberté transparaît dans ses tableaux empreints de sensualité. "Les peintures des années 1960 de David, avec leurs piscines scintillantes, leurs pelouses impeccables et ses amis prenant le soleil, se sont ancrées dans notre psyché comme les symboles de Los Angeles", a souligné Stephanie Barron, conservatrice en chef de l'art moderne au Los Angeles County Museum of Art.

La lumière de la cité des anges a eu un effet profond sur sa palette. "Los Angeles a cet effet sur moi", avait-il confié. "La lumière y est dix fois plus brillante que partout ailleurs. C'est pour ça qu'Hollywood a commencé là-bas. La lumière naturelle était essentielle pour le cinéma en 1910."

Un héritage multiple

Au-delà de ses toiles emblématiques, Hockney a laissé sa marque sur la ville de manière concrète. En 1988, il a peint à la main, avec un pinceau attaché au bout d'un balai, des motifs bleus au fond de la piscine du Hollywood Roosevelt Hotel. Bien que ces marques se soient estompées avec le temps, elles demeurent un témoignage de son désir de mêler l'art à la vie quotidienne. Dans sa résidence sur les hauteurs de Mulholland Drive, il avait transformé son studio en un laboratoire artistique, explorant les perspectives multiples et la flore locale, tout en poursuivant une œuvre prolifique.

Sa carrière, qui s'est étendue sur plus de sept décennies, a été marquée par une incessante expérimentation technique, passant de la peinture à l'huile à l'acrylique, puis au dessin sur iPad et aux photocopieuses. Cette soif d'innovation a fait de lui une figure aussi respectée du grand public que des cercles académiques. David Hockney laisse derrière lui une œuvre immense et une image indélébile de la Californie, mêlant la beauté plastique à la complexité des désirs humains.