David Sullivan, copropriétaire et actionnaire majoritaire de West Ham United, fait l'objet depuis 2023 d'une interdiction de contact avec les équipes féminines et jeunes du club, ainsi que d'assister à leurs rencontres, en raison d'une enquête pour manquements aux obligations de protection (safeguarding) diligentée par la Fédération anglaise de football (FA). Cette mesure, prise par un groupe de sécurité composé du club, de la FA et des autorités locales, n'avait jamais été rendue publique jusqu'à aujourd'hui.

L'enquête de la FA a été ouverte après la réception d'allégations concernant la conduite de Sullivan. Selon des sources proches du dossier, la plainte porterait sur une accusation d'inconduite sexuelle sans lien direct avec le football. Sullivan, par l'intermédiaire de ses avocats, a qualifié ces restrictions d'« accord temporaire négocié » et a affirmé que l'enquête concernait une « plainte anonyme unique » relative à un « événement en 1981 » qu'il assure « n'avoir jamais eu lieu ».

Démission et allégations multiples

Cette révélation intervient alors que Sullivan, âgé de 77 ans, a annoncé sa démission de son poste de coprésident et d'administrateur de West Ham le 6 juin dernier, à la veille de la publication d'une enquête conjointe de la BBC et du journal The Times. Dans le cadre de cette investigation, plusieurs femmes ont accusé l'homme d'affaires d'avoir abusé de son pouvoir et de les avoir « exploitées sexuellement » (preyed on them for sex).

Les accusations, qui s'étendent sur plusieurs décennies, émanent de femmes qui étaient, pour la plupart, de jeunes mannequins cherchant du travail dans les journaux Daily et Sunday Sport, propriétés de Sullivan avant qu'il ne fasse fortune dans l'industrie pornographique. L'enquête a également révélé que huit femmes, dont une impliquée dans l'investigation, ont porté des révélations à la police. Aucune de ces plaintes n'a, à ce jour, abouti à des poursuites. Sullivan a dénoncé ce qu'il qualifie d'« allégations totalement inexactes sur le plan factuel et entièrement fausses, vieilles de plusieurs décennies ».

Réactions des institutions

La Métropolitan Police a indiqué prendre ce type d'allégations « extrêmement au sérieux » et a assuré que toute information fournie ferait l'objet d'une évaluation et d'enquêtes appropriées. Le régulateur indépendant du football a pris contact avec West Ham au sujet de ces « allégations extrêmement sérieuses » et a demandé des informations « urgentes » à Sullivan concernant son aptitude à occuper ses fonctions.

Le porte-parole du Premier ministre britannique, Keir Starmer, a qualifié les récits des femmes de « bouleversants ». La députée travailliste Alex Davies-Jones, ancienne ministre des victimes, s'est dite « horrifiée, mais malheureusement pas surprise » par les allégations, et a réclamé un examen de la manière dont la police a traité les révélations, ainsi que des mesures prises par la FA et West Ham.

Pratiques de protection

West Ham a déclaré disposer de mesures de protection « claires et robustes », mais a refusé de commenter ce cas particulier, invoquant la confidentialité des dossiers individuels de protection. La FA a également affirmé avoir des procédures solides sans pouvoir s'exprimer sur une affaire spécifique.

Malgré ces restrictions, Sullivan est resté une figure éminente du club, apparaissant régulièrement dans la loge des dirigeants lors des matchs de l'équipe masculine au London Stadium. Il conserve sa position d'actionnaire majoritaire après le décès de son associé, David Gold, en janvier 2023.