Une équipe de recherche internationale a mis au jour une source inattendue de données sur la mégafaune disparue : les excréments congelés d'écureuil. En analysant ces déjections conservées dans le pergélisol du territoire canadien, les scientifiques sont parvenus à reconstituer dix-huit génomes mitochondriaux complets.
Parmi ces génomes figurent ceux de six mammouths laineux, une espèce emblématique de la période glaciaire. Chaque échantillon provenait d'individus ayant vécu à des époques distinctes, offrant ainsi un aperçu de l'évolution génétique de l'espèce dans cette région. Les coprolithes d'écureuil, en retenant l'ADN ancien, agissent comme des capsules temporelles du paysage et de la faune de l'époque.
Une méthode d'analyse novatrice
Le pergélisol, en gelant en continu la matière organique, préserve exceptionnellement l'ADN sur des millénaires. Les chercheurs ont exploité cette propriété en prélevant des échantillons dans des terriers d'écureuil fossilisés. Ces derniers accumulent non seulement les restes de l'animal lui-même, mais aussi des traces de son environnement : pollen, spores, et particules d'ADN issues d'animaux plus grands, comme les mammouths, présents dans les aliments ingérés ou les matières fécales.
Les analyses génétiques ont permis de séquencer les génomes mitochondriaux — une partie de l'ADN transmise par la mère — de manière fiable. Cette approche ouvre la voie à une meilleure compréhension des populations de mammouths laineux qui ont peuplé le nord du Canada, sans nécessiter de fouilles invasives ou de découverte de fossiles complets.
Implications pour la paléogénétique
Cette découverte illustre le potentiel des dépôts de coprolithes pour la reconstruction de l'histoire de la biodiversité. Les chercheurs soulignent que les excréments congelés d'écureuil renferment une mine d'informations sur le lointain passé de la planète. L'étude confirme que des fragments d'ADN de grands mammifères peuvent être piégés et conservés dans les déjections de petits animaux, ce qui élargit considérablement les sources potentielles d'ADN ancien.
Les résultats obtenus ouvrent la perspective de futures recherches sur d'autres sites de pergélisol, où des échantillons similaires pourraient révéler l'histoire génétique d'autres espèces disparues et les interactions entre la faune et son environnement. L'équipe souligne que cette méthode non destructive est particulièrement adaptée à l'étude de régions arctiques fragiles.