Des installations énigmatiques dans le désert

Des clichés pris par satellite montrent, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, un ensemble de constructions dont la configuration en forme d'octogone intrigue les spécialistes. Deux installations principales, situées au sud-ouest des champs de silos nucléaires de Hami, se distinguent par leur tracé géométrique et leur organisation apparente.

Le premier de ces sites, bâti à environ 140 kilomètres des silos précités, comporte en son centre un édifice de grande taille. Tout autour, une série de bâtiments aux toits rouges, destinés probablement au logement du personnel militaire, est disposée de manière symétrique. Des hangars blancs, interprétés comme des espaces de stockage pour des véhicules militaires ainsi que pour des rampes de lancement, complètent le dispositif.

Un second complexe, plus étendu et mieux équipé

Un deuxième octogone, localisé à quelque 230 kilomètres des silos de Hami, adopte une configuration similaire mais avec une dotation plus conséquente. Les analyses des images suggèrent la présence d'un terminal ferroviaire, d'un aérodrome ainsi que d'installations pouvant correspondre à des réservoirs de carburant. Les voies ferrées et les bunkers renforcés qui ceinturent le site sont nettement visibles.

Un troisième périmètre, situé plus au sud, apparaît moins développé et pourrait servir de zone d'entraînement ou de cible factice. Les mêmes vues satellites montrent également des équipements potentiellement dédiés à la guerre électronique, capables de brouiller les communications par satellite et de perturber les chaînes de commandement adverses.

Un renforcement de la dissuasion stratégique

Plusieurs experts en sécurité, interrogés dans le cadre de cette enquête, s'accordent à dire que ces infrastructures relèvent probablement du programme nucléaire chinois, sans exclure d'autres usages militaires. Alexander Neill, chercheur associé au Pacific Forum, un institut de recherche en politique étrangère, estime que « nous assistons à un renforcement et à une diversification considérable de la force de dissuasion nucléaire stratégique de la Chine ». Cette analyse fait écho à la montée des tensions entre Pékin et Washington sur des dossiers tels que le statut de Taïwan ou les équilibres au Moyen-Orient.

Un projet encore mal connu

En dépit de ces observations, le détail des missions assignées à ces sites demeure flou. Le type précis d'armes que la Chine pourrait déployer sur ces rampes de lancement n'a pas été identifié avec certitude. Cinq experts, qui ont requis l'anonymat, ont confirmé que si l'affectation nucléaire est probable, d'autres finalités tactiques ne sont pas à écarter.

Ce sujet intervient alors que s'ouvre à Singapour, le 29 mai, le sommet annuel sur la sécurité en Asie, dit « Dialogue de Shangri-La », organisé par l'Institut international d'études stratégiques. Pendant trois jours, les responsables militaires et chercheurs d'environ 45 pays, dont la Chine et les États-Unis, sont réunis. Aucune rencontre bilatérale n'est prévue entre le ministre chinois de la Défense, Dong Jun, et le secrétaire à la Guerre américain, Pete Hegseth.