Une série d’enquêtes publiées ces derniers jours dévoile les pratiques abusives de nombreux « agents » ou managers opérant sur la plateforme OnlyFans, un site dominé par les contenus pornographiques. Selon les témoignages recueillis, ces intermédiaires, souvent des hommes, contrôlent les créatrices, les menacent et leur prennent la moitié de leurs revenus, remettant en cause le discours d’autonomisation mis en avant par la société.

Les investigations conjointes d’un quotidien britannique et d’une chaîne de télévision publique ont mis au jour l’existence d’agences masculines qui recherchent activement des jeunes femmes, les convainquent de tourner des vidéos à caractère sexuel et leur imposent un partage des bénéfices très déséquilibré. En plus de la commission de 20 % prélevée par OnlyFans elle-même, ces managers prennent jusqu’à 50 % de ce que gagnent les créatrices. Plusieurs dizaines de femmes ont décrit des pressions pour rendre leurs contenus toujours plus explicites, ainsi qu’un marché noir où des contrats liant des performeuses sont revendus entre gestionnaires.

L’un des exemples les plus frappants est celui de Markuss Hussle, un homme qui se présente comme un formateur en ligne. Dans une vidéo, il apparaît assis à côté de sa Lamborghini argentée, promettant à ses « étudiants » de leur apprendre à gagner de l’argent. Il alterne conseils financiers et images d’un week-end de ski à Courchevel, dans les Alpes françaises, avec jets privés, hélicoptères et une compagne en manteau de fourrure. Il affirme que ce séjour a coûté 100 000 dollars (environ 75 000 livres sterling). Il exhibe ses montres et sa piscine, explique que sa mère a travaillé comme femme de ménage sur trois emplois jusqu’à ce qu’il puisse « la mettre à la retraite » en lui achetant une maison au bord de mer. Derrière ce faste, ses présentations mêlent graphiques de performance et termes de gestion de comptes, d’optimisation et de triplement des profits. Le discours donne l’impression qu’il s’agit de trading ou de cryptomonnaies, mais le sujet est bien la gestion de comptes OnlyFans.

Le harcèlement et la violence ne sont pas absents de ce milieu. La BBC a notamment recueilli le témoignage d’une femme vivant au Pays de Galles, qui a été agressée physiquement à son domicile par son manager. Plusieurs autres créatrices ont raconté avoir subi des menaces, un contrôle constant de leur emploi du temps et des exigences de production toujours plus extrêmes.

Ces révélations surviennent alors qu’OnlyFans, valorisé à plus de 3 milliards de livres sterling en avril dernier, fête ses dix ans d’existence. Depuis son lancement, la plateforme se présente comme un outil d’émancipation pour les créateurs de contenus, leur permettant de monétiser directement leur image. Or le rôle prédateur des intermédiaires, décrit comme « malin » et « d’exploitation » par les enquêteurs, contredit frontalement cette rhétorique. Un éditorial du quotidien britannique estime que ces pratiques « méritent l’attention du Parlement » et appellent à une régulation.

Le documentaire « Inside the OnlyFans machine », présenté par Amber Haque, détaille l’ampleur de l’exploitation subie par les modèles. Il montre comment des réseaux d’hommes ont transformé la promesse d’indépendance financière en un système de dépendance et de violence économique.

Aucune déclaration officielle d’OnlyFans n’a encore été rendue publique en réaction à ces révélations. Mais la pression monte sur les autorités britanniques pour qu’elles se saisissent du dossier. Les députés pourraient être amenés à examiner si la plateforme a une responsabilité dans les agissements de ces intermédiaires, et si des mesures législatives sont nécessaires pour protéger les créatrices. L’enquête soulève également la question plus large de l’économie des plateformes numériques et de la protection des travailleurs précaires.