Un projet d’élèves stoppé par un vote régional
La région Auvergne-Rhône-Alpes a officiellement refusé, jeudi 25 juin, le baptême d’une salle de sport du lycée Arnaud-Beltrame de Meyzieu (Rhône) au nom de la boxeuse algérienne Imane Khelif. Le conseil régional a voté dans la journée un ensemble de critères pour la dénomination des lycées publics et des équipements sportifs dont il a la charge. Ce nouveau règlement a eu pour effet immédiat d’enterrer l’initiative des élèves, qui s’inscrivait dans un projet pédagogique sur l’égalité filles-garçons.
Imane Khelif, médaillée d’or aux Jeux olympiques de Paris en 2024, fait l’objet de vives controverses sur son genre depuis plusieurs années. Née de sexe féminin, elle est porteuse du gène SRY, considéré comme un indicateur de masculinité, ce qui lui vaut un taux élevé d’hormones mâles. Sa participation aux compétitions féminines est régulièrement contestée. Le choix des lycéens de Meyzieu a suscité des réactions violentes en ligne, comme l’a rapporté l’élu écologiste Axel Marin : « L’ensemble des élèves et de la communauté éducative a été heurté, insulté, menacé en ligne. »
Des règles de dénomination resserrées
Le nouveau texte adopté par la majorité de droite (LR et RN) prévoit que seuls des noms « consensuels, dignes et fédérateurs » pourront être retenus. La priorité est donnée aux noms de lieux de la région et aux personnalités décédées au parcours « rassembleur ». Pour les personnalités vivantes, des conditions supplémentaires s’appliquent : elles doivent être de nationalité française, avoir donné leur accord et entretenir « un lien fort avec nos territoires ». Imane Khelif, de nationalité algérienne, ne remplit pas ces critères.
Le président de la région, Fabrice Pannekoucke, a justifié cette décision en estimant qu’il s’agit d’une mesure « de bon sens tout simplement, parce qu’on ne pourrait pas rester dans un désordre où chacun irait de sa petite idée ». Il a défendu la nécessité d’un cadre pour éviter des dérives.
Des réactions politiques contrastées
L’opposition de gauche a vivement critiqué ce vote. Le communiste Boris Bouchet a dénoncé une « police des dénominations », estimant qu’il suffit qu’une « polémique soit fabriquée pour qu’un projet devienne impossible ». L’écologiste Axel Marin a abondé dans le même sens, jugeant que la région cède à la pression d’une campagne de haine en ligne.
À l’inverse, le Rassemblement national s’est félicité de la décision. Benoît Auguste, conseiller régional RN, a déclaré : « Nous approuvons cette idée qui vient d’ailleurs de nous. Donner le nom d’un espace à une représentante étrangère dont le palmarès interroge les principes d’équité sportive et dont le pays crache allègrement sur la France » relève, selon lui, d’un « agenda idéologique ».
Le dossier illustre une nouvelle fois les clivages politiques autour de la sportive algérienne, devenue un symbole des débats sur l’équité dans le sport féminin. La région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Les Républicains, entend ainsi encadrer strictement les hommages rendus dans ses établissements.