Sept forteresses médiévales dressées sur les pitons rocheux de l'Aude et de l'Ariège doivent être examinées par le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco lors de sa 48e session, qui se tient du 19 au 29 juillet à Busan, en Corée du Sud. Le dossier présenté par les autorités françaises ne les désigne plus comme « châteaux cathares », mais sous l'intitulé « Forteresses royales du Languedoc ». Ce changement de terminologie, bien que conforme à la réalité historique, a provoqué une vive émotion chez des défenseurs du patrimoine.
Les sept édifices – parmi lesquels figurent Montségur en Ariège, ainsi que Peyrepertuse, Quéribus et Aguilar dans l'Aude – ont été bâtis ou reconstruits entre les années 1240 et 1290 à l'initiative du roi de France, après la croisade contre les Albigeois (1209-1229). Leur fonction première était alors d'affirmer l'autorité royale sur un Languedoc fraîchement annexé et de surveiller le royaume d'Aragon, distant de quelques dizaines de kilomètres. Contrairement à une légende tenace, ces forts n'ont pas été édifiés par les cathares, mais ont pu servir de refuge à certains d'entre eux. L'association historique avec le catharisme, popularisée par le tourisme et l'imaginaire collectif, est donc jugée infondée par les historiens.
Mobilisation contre le changement d'appellation
Pour protester contre cette requalification, un rassemblement est prévu le samedi 18 juillet devant le château de Quéribus, dans l'Aude. À cette occasion, des amoureux d'histoire comptent interpeller l'association Mission Patrimoine Mondial, rédactrice du dossier de candidature, pour lui demander de conserver la dénomination antérieure. En parallèle, une pétition en ligne a recueilli près de 8 500 signatures. Fabrice Chambon, guide-conférencier au château de Montségur, a confié que l'effacement du mot « cathare » a touché de nombreuses personnes. « Nous, à Montségur, on parlera toujours de cette période phare qu'est le catharisme et qui restera à jamais gravée dans notre pays », a-t-il déclaré.
Un enjeu touristique et économique
Si la polémique agite les défenseurs de la mémoire cathare, les élus et les professionnels du tourisme misent avant tout sur les retombées d'une inscription au patrimoine mondial. Le label Unesco est attendu pour dynamiser la fréquentation des sites et dégager des moyens financiers supplémentaires pour leur conservation. La candidature, officiellement intitulée « système de forteresses de la sénéchaussée de Carcassonne XIIIe-XIVe siècles », est donc suivie de près par la région. La décision finale du comité doit être rendue le 26 juillet. Quel que soit le verdict, le débat illustre la difficile conciliation entre rigueur scientifique et attachement populaire à un mythe historique solidement ancré.