Une remise en cause du modèle économique dominant
Un collectif d'économistes de premier plan, parmi lesquels figurent un lauréat du prix Nobel, publient une analyse sans précédent du système économique actuel. Dans un texte commun, ils affirment que la stratégie fondée sur la croissance perpétuelle est une voie sans issue. Selon eux, les crises de la pauvreté, des inégalités et du dérèglement climatique ne sont pas des phénomènes indépendants, mais les conséquences directes d'un modèle économique qui a épuisé ses possibilités.
Un constat de « pénurie fabriquée »
Les auteurs observent que, dans un monde d'une richesse sans précédent, environ un dixième de la population mondiale vit encore dans une extrême pauvreté. Des millions de personnes n'ont pas accès à une alimentation suffisante, à un logement décent ou à des soins de santé de base, tandis qu'une infime minorité accumule des richesses et un pouvoir considérables. Parallèlement, les catastrophes naturelles – sécheresses, mégafeux, inondations, canicules – rappellent que les activités économiques poussent la planète au-delà de ses limites. Ce constat conduit les économistes à parler d'une « pénurie fabriquée » : la rareté n'est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques délibérés.
Les choix politiques en cause
Pour les signataires, la pauvreté et les inégalités ne sont pas des accidents. Elles découlent de décisions prises en matière de fiscalité, de régulation du marché du travail, de valorisation du travail de soin, d'organisation des services publics et de représentation des besoins et des voix des citoyens. Le texte souligne que si les gouvernements ont la capacité de « fabriquer » la pauvreté, ils ont également le pouvoir de la démanteler. Cette conviction est au cœur de l'appel lancé par les économistes.
Une feuille de route alternative
Le collectif, qui a élaboré une feuille de route avec l'aide d'experts du monde entier – depuis des agences des Nations unies jusqu'à des mouvements citoyens –, interpelle directement les responsables politiques à tous les niveaux. Il les exhorte à s'emparer de cette proposition pour repenser les fondements de l'économie. Le texte ne se contente pas d'une critique : il propose des pistes concrètes pour une économie qui donnerait la priorité à l'éradication de la pauvreté et au respect des limites écologiques.
Un appel signé par des figures influentes
La tribune est signée par Olivier De Schutter, président de l'initiative « New Economies for Eradicating Poverty » ; Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d'économie ; Jayati Ghosh, professeure d'économie à l'Université du Massachusetts à Amherst ; Thomas Piketty, professeur d'économie à l'École d'économie de Paris ; Kate Raworth, économiste à l'Institut du changement environnemental de l'Université d'Oxford ; et Jason Hickel, auteur de « The Divide: A Brief Guide to Global Inequality and its Solutions ». Leur analyse commune vise à démontrer par le calcul que la croissance n'est plus une stratégie viable et à ouvrir la voie à un débat public sur les alternatives possibles.