Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi à Belfast pour une manifestation antiraciste, en réaction aux violences qui ont secoué la ville ces derniers jours. Le rassemblement, intitulé « Ensemble contre la haine » (Together Against Hate), s'est tenu à partir de 13 heures devant l'hôtel de ville de Belfast, a-t-on appris de sources concordantes.

La foule, où figuraient des représentants de partis politiques et de syndicats, brandissait des pancartes aux slogans tels que « Belfast s'oppose au racisme », « Les réfugiés sont les bienvenus » ou encore « Les émeutes ne parlent pas pour Belfast ». L'événement était organisé par le collectif Unis contre le racisme (United Against Racism).

Des violences déclenchées par une agression au couteau

Ces troubles ont été provoqués par la diffusion massive sur les réseaux sociaux d'une vidéo montrant une agression au couteau survenue lundi soir dans le nord de Belfast. Un homme, Stephen Ogilvie, a été grièvement blessé. Hadi Alodid, un ressortissant soudanais de 30 ans, a comparu mercredi devant un tribunal, inculpé de tentative de meurtre.

Dans la foulée, des rassemblements anti-immigration ont eu lieu, certains se déroulant dans le calme, tandis que d'autres ont donné lieu à des violences. Des centaines de personnes masquées ont défilé, et des heurts ont éclaté dans plusieurs quartiers de Belfast et d'autres localités nord-irlandaises. Des écoles et des commerces ont fermé plus tôt que prévu, et les transports publics ont été suspendus.

Un message de rejet du racisme

Lors du rassemblement de samedi, la foule a scandé « Dites-le fort, dites-le clair, les réfugiés sont les bienvenus ici ». Ivanka Antova, l'une des intervenantes, a déclaré : « Cette semaine, nous avons été témoins de quelque chose que nous n'oublierons jamais. Les scènes de familles et de jeunes enfants fuyant leur maison terrorisés. » Elle a ajouté : « Le monde entier a regardé Belfast avec horreur. Il n'y a rien de légitime dans les pogroms racistes, et le racisme n'a pas sa place dans notre ville. »

Une participante, Hilary Hunter, 63 ans, a confié à l'AFP : « Je suis dégoûtée de ce qui se passe dans notre beau pays. Tout le monde est ici pour montrer que ceux qui causent tous ces problèmes ne parlent pas pour nous. »

Carmel Gates, représentante du Congrès des syndicats irlandais, a salué l'engagement du personnel soignant, des pompiers, des conducteurs de bus et des enseignants qui sont venus en aide aux personnes attaquées et intimidées cette semaine. « J'ai reçu un appel d'un ministre du gouvernement qui demandait ce qu'il pouvait faire. La seule chose pratique que peut faire Westminster, c'est fournir de l'argent pour lutter contre la pauvreté qui alimente le racisme », a-t-elle déclaré. « Notre message à l'extrême droite, c'est de sortir de nos communautés. Nous ne vous tolérerons pas dans nos communautés. »

Des appels à une réponse politique ferme

Patrick Corrigan, directeur pour l'Irlande du Nord d'Amnesty International UK, a estimé que les autorités n'étaient pas suffisamment préparées à ces violences. « C'est le troisième été consécutif de violences racistes. Nous avons averti les autorités nord-irlandaises que cela allait se reproduire, et elles n'étaient pas prêtes », a-t-il souligné. Il a appelé à un leadership politique clair « du Premier ministre britannique Keir Starmer jusqu'aux dirigeants politiques locaux », jugeant que les seules paroles de condamnation étaient « tout à fait insuffisantes face à cette tâche ».

Le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord, Hilary Benn, avait dénoncé jeudi les actes de « voyous masqués » qui ont « brûlé des gens chez eux à cause de la couleur de leur peau ». Il a également fait état de personnes interpellées dans leur voiture pour décliner leur nationalité sur le chemin du travail.

Un conseiller municipal du parti nationaliste SDLP, Seamas de Faoite, a expliqué que des organisations de la ville travaillaient sans relâche pour reloger des personnes qui ont « trop peur » pour retourner chez elles.

L'immigration reste un sujet sensible au Royaume-Uni comme en Irlande, alimentant la poussée du parti de droite Reform UK, dirigé par Nigel Farage. Les deux pays connaissent régulièrement des manifestations anti-immigration, dont certaines ont dégénéré en violences.