Des chercheurs spécialisés en navigation satellitaire ont établi un lien entre de mystérieuses perturbations du signal GPS survenant à travers l'Europe et des satellites russes. Les conclusions, publiées dans une étude préliminaire et corroborées par des travaux distincts, pointent vers la constellation russe Edinaya Kosmicheskaya Sistema (EKS), initialement conçue pour la détection de tirs de missiles balistiques.
Les scientifiques ont analysé les données enregistrées par des stations de réception au sol entre janvier 2019 et avril 2026. Ils ont identifié 75 jours durant lesquels au moins un événement d'interférence a été détecté simultanément par des récepteurs répartis de la Norvège à l'Espagne, en passant par la Pologne, et même jusqu'au Groenland et au Canada. Ces signaux parasites, d'une durée inférieure à dix secondes, se produisaient principalement les mardis, mercredis et jeudis, en horaires de bureau européens.
Une signature spatiale
La simultanéité des perturbations sur une zone aussi étendue a conduit les chercheurs à conclure que la source d'émission devait se trouver à au moins 1 200 kilomètres d'altitude. En septembre 2025, une avancée décisive a eu lieu grâce à la capture de signaux bruts par des stations à Amsterdam (Pays-Bas) et Trondheim (Norvège), lors d'un événement survenu le 11 février 2026. En analysant le décalage temporel d'arrivée du signal entre ces deux sites, l'équipe a pu calculer une surface de localisation. La comparaison de cette surface avec les orbites des satellites suspects a montré qu'un seul d'entre eux correspondait parfaitement : le satellite russe Kosmos 2546.
L'étude identifie ainsi six satellites de la constellation EKS, dont Kosmos 2546, placés sur des orbites de type Molniya. Ces trajectoires très elliptiques offrent une couverture prolongée des hautes latitudes de l'hémisphère nord. Les chercheurs ont vérifié qu'au moins un de ces satellites se trouvait au-dessus de l'horizon de chaque station de référence lors de tous les événements d'interférence.
Des motifs encore flous
Les interférences se manifestent sur la bande de fréquence GPS L1, centrée sur 1 575,42 MHz, qui est la bande principale utilisée par les satellites américains GPS et par d'autres constellations de navigation. Les spécialistes soulignent que, contrairement à un brouillage intentionnel classique qui ressemble à un bruit aléatoire, le signal observé ici est structuré et bien conçu.
Les motivations russes restent inconnues. Les scientifiques n'ont pas déterminé s'il s'agit d'une action délibérée ou d'un effet secondaire involontaire du fonctionnement des satellites. L'ambassade de Russie à Washington a indiqué ne pas avoir de commentaire à formuler. Par ailleurs, une enquête de l'Union européenne a été menée, mais ses résultats sont classifiés, selon un porte-parole. L'UE a également annoncé la mise en place d'un système de détection et de localisation des interférences.
Un risque pour les infrastructures
La capacité à produire des perturbations à l'échelle continentale préoccupe les experts, car le système GPS est devenu un maillon essentiel de nombreuses infrastructures civiles et militaires. La persistance de ces phénomènes pendant plusieurs années, sans intervention, souligne la vulnérabilité de cette technologie. Les chercheurs préviennent que, même si l'origine semble accidentelle, la puissance du signal et sa portée démontrent un potentiel de nuisance considérable.
Une partie des données utilisées proviennent de l'étude de Todd Humphreys (Université du Texas à Austin), Zach Clements et Argyris Krizise (Université Stanford), et des travaux menés par Richard Bowden et ses collègues de l'entreprise technologique espagnole GMV.