Un tribunal thaïlandais a condamné à mort deux hommes d'origine ouïghoure pour leur implication dans l'attentat à la bombe perpétré le 17 août 2015 au sanctuaire d'Erawan, au cœur du quartier commercial de Bangkok. Cette attaque, la plus meurtrière jamais enregistrée en Thaïlande, avait causé la mort de 20 personnes et fait plus de 120 blessés.
Les deux accusés, identifiés comme Yusufu Mieraili et Bilal Mohammed, ont été reconnus coupables de meurtre avec préméditation et de tentative de meurtre. Le verdict, rendu jeudi 11 juin 2026 par un collège de quatre juges, a mis fin à plus d'une décennie de procédure judiciaire. « Les accusés ont commis un seul acte qui a enfreint plusieurs lois. Le tribunal a donc imposé la peine la plus sévère prévue par la loi, la condamnation à mort », a déclaré un membre du panel judiciaire.
Un long cheminement judiciaire
L'affaire a connu un parcours procédural complexe. Initialement examinée devant une cour martiale à partir de 2016, période durant laquelle la Thaïlande était dirigée par un gouvernement issu d'un coup d'État militaire, elle a été transférée devant une juridiction civile en 2022. Les magistrats ont eu à examiner un volumineux dossier comprenant environ dix mille pages de témoignages et les dépositions de plus de quatre cents témoins. Les autorités judiciaires ont également rencontré des difficultés pour trouver un interprète compétent afin de communiquer avec les suspects.
L'avocat de l'un des condamnés, Choochat Kanpai, a indiqué que ses clients feraient appel de la sentence dans un délai d'un mois. Les deux hommes ont constamment nié les charges retenues contre eux.
Des victimes de plusieurs nationalités
Parmi les personnes tuées dans l'explosion, cinq étaient originaires de Chine continentale et deux de Hong Kong. L'attentat visait un sanctuaire très fréquenté, considéré comme l'un des plus célèbres de la capitale thaïlandaise, attirant chaque jour de nombreux fidèles locaux et visiteurs étrangers, dont des touristes chinois.
Un contexte de tensions géopolitiques
Aucune organisation n'a revendiqué la responsabilité de cet attentat. Toutefois, des experts en sécurité estiment que l'attaque pourrait constituer un acte de représailles. Un mois avant les faits, la Thaïlande avait procédé à l'expulsion forcée de plus d'une centaine de Ouïghours. Selon certaines hypothèses, l'attentat visait spécifiquement des ressortissants chinois, en réaction aux mesures de sécurité renforcées dans la région du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine, et à la décision de Bangkok de remettre aux autorités chinoises des Ouïghours qui avaient fui leur pays.
Les Ouïghours, une minorité ethnique majoritairement musulmane, affirment fuir la région du Xinjiang en raison de persécutions présumées. Les autorités chinoises rejettent ces accusations et dénoncent ce qu'elles considèrent comme des restrictions injustifiées à leurs politiques de sécurité. Pékin fait face à des critiques internationales concernant la gestion des libertés religieuses et culturelles dans cette région.
Un verdict attendu mais des zones d'ombre
Malgré cette condamnation, de nombreuses interrogations subsistent quant au réseau qui aurait pu être à l'origine de l'attentat. Le manque d'informations sur d'éventuels commanditaires ou complices laisse planer des incertitudes sur l'ensemble des responsabilités dans cette affaire.