Le photographe américain Duane Michals, figure majeure de la photographie narrative, est mort mardi 9 juin à Manhattan, à l'âge de 94 ans. Son décès, survenu dans un hôpital, a été confirmé par Bridget Moore, de la galerie DC Moore, qui le représentait.

Autodidacte et fier de ne pas appartenir à une école, Michals a profondément marqué son art en prouvant qu'il était possible de réussir sans se conformer aux normes techniques ou aux genres établis. Son influence repose sur sa capacité à raconter des histoires à travers des séquences d'images noir et blanc, souvent accompagnées de légendes manuscrites alliant ironie et lyrisme.

Un style narratif unique

Alors que ses contemporains capturaient le chaos de la vie urbaine ou la majesté de la nature, Michals puisait son inspiration chez les surréalistes comme René Magritte, ou encore chez William Blake, Lewis Carroll et Joseph Cornell. Ses œuvres se présentaient souvent comme des bandes dessinées photographiques, avec plusieurs panneaux agencés pour former un récit. Le nombre de clichés pouvait varier de quatre à trente pour une même pièce.

Parmi ses séquences les plus célèbres figure « Rencontre fortuite » (1970), qui met en scène une confrontation métaphysique entre deux inconnus. Dans « La Mort vient voir la vieille dame » (1969), cinq photographies sans texte montrent l'arrivée d'un homme en costume sombre – son père – auprès d'une femme âgée – sa grand-mère –, avant que celle-ci ne se dissolve dans une ombre floue. Michals expliquait en 2019 que l'écriture lui permettait de « dire ce qu'on ne voit pas sur la photo », de « donner une voix au silence ».

Une carrière jalonnée d'expositions

Né le 18 février 1932 à McKeesport, en Pennsylvanie, Duane Stephen Michals grandit dans une famille modeste. Il étudie le design graphique à l'université de Denver avant d'effectuer son service militaire en Allemagne puis de s'installer à New York en 1955 pour travailler dans l'édition. C'est en 1958, après avoir emprunté un appareil photo pour un voyage en Union soviétique, qu'il découvre la photographie. Ses premiers essais, documentaires, aboutiront à la série « Empty New York » (1964-1965), qui montre les rues désertes de Manhattan dans un style proche d'Eugène Atget.

Ses œuvres sont remarquées dès 1966 au musée George Eastman de Rochester, puis il bénéficie d'une exposition personnelle au Museum of Modern Art de New York en 1970. Des rétrospectives lui sont consacrées au Carnegie Museum of Art de Pittsburgh (2014-2015) et à la Morgan Library de Manhattan (2019). Il a publié plus de vingt-cinq livres et exposé régulièrement jusqu'à un âge avancé.

Des revenus assurés par les commandes

Malgré une reconnaissance précoce, ses tirages n'ont jamais atteint les prix élevés de certains de ses contemporains. Michals, qui cultivait un caractère bougon, ne cachait pas son irritation envers des artistes plus jeunes comme Cindy Sherman ou Andreas Gursky, capables de vivre de leurs ventes. Lui-même a longtemps subsisté grâce à des commandes d'entreprises et des portraits de célébrités pour des magazines comme Newsweek et Fortune.

Son héritage demeure celui d'un artiste qui a su libérer la photographie de son seul rôle documentaire pour en faire un outil de fiction et de poésie. Sa mort laisse un vide dans le monde de l'image, mais son œuvre continue d'inspirer.