L'une des dernières grandes figures de la résistance à la dictature argentine s'est éteinte. Taty Almeida, présidente de l'association des Mères de la place de Mai – Ligne fondatrice, est décédée dimanche 14 juin 2026 à l'âge de 95 ans, ont annoncé ses proches. Elle était hospitalisée depuis trois semaines à Buenos Aires.

L'organisation qu'elle a fondée a publié un message sur les réseaux sociaux pour annoncer ce décès, saluant une femme qui a appris à ses camarades « qu'aimer, c'est résister » et que « la seule lutte perdue est celle que l'on abandonne ». Sa dépouille sera exposée au public lundi dans le quartier d'Once, dans la capitale argentine.

Un engagement né de la disparition d'un fils

Née Lidia Stella Mercedes Miy Uranga le 28 juin 1930, Taty Almeida était enseignante de profession. Mariée à son collègue Jorge Almeida en 1953, elle avait donné naissance à trois enfants. Son combat pour la justice a débuté en juin 1975, lorsque son fils Alejandro, alors étudiant en médecine âgé de 20 ans, a été enlevé. Ce militant de gauche appartenait à l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP), une organisation guérillera.

Alejandro fait partie des 30 000 opposants que les sources estiment avoir été exécutés, soit par la milice d'extrême droite Triple A, soit par la dictature militaire qui a gouverné le pays de 1976 à 1983. Sa mère n'a jamais pu retrouver son corps. « Cette rage, nous l'avons transformée en amour, en lutte pacifique », expliquait-elle en 2017.

Sa fille, Fabiana Almeida, a relaté les derniers instants de sa mère. Dimanche matin, voyant son état s'aggraver, les enfants lui ont dit : « Maman, vas-y, lâche prise. Vas-y, Alejandro t'attend là-haut. Embrassez-vous et suivez-nous d'en haut. »

Un symbole de la mémoire et de la résistance

Taty Almeida était devenue l'un des visages les plus reconnaissables des Mères de la place de Mai, ce mouvement né de la colère et du chagrin de mères dont les enfants avaient été « disparus » par le régime. Pendant plus de cinquante ans, elle a participé chaque jeudi à la marche symbolique sur la place de Mai, à Buenos Aires, pour exiger vérité et justice.

Sa longévité dans ce combat en faisait une dépositaire de la mémoire historique. Elle était encore présente lors des commémorations du cinquantième anniversaire du début de la dictature, le 24 mars 2026, quelques mois avant sa mort.

Sa disparition marque un tournant pour les associations de défense des droits humains en Argentine, alors que les dernières survivantes de cette génération de militantes s'éteignent progressivement.