Les actionnaires des plus grandes sociétés européennes n’ont jamais été aussi bien rémunérés. Selon une étude publiée début juin par l’ONG Oxfam, les cent premières entreprises du continent ont reversé en moyenne 70 % de leurs bénéfices à leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Ce taux, calculé sur la période étudiée, atteint même 80 % pour certaines firmes, contre 65 % auparavant, soulignant une tendance lourde à la financiarisation des profits.

Un choix structurel au détriment de l’emploi

L’analyse d’Oxfam met en lumière une répartition des richesses de plus en plus déséquilibrée. Alors que les dividendes et les programmes de rachat d’actions explosent, les dépenses consacrées à l’investissement productif, à la recherche ou encore à l’augmentation des salaires stagnent, voire régressent. L’ONG y voit la traduction d’un modèle économique où la rémunération du capital prime systématiquement sur les autres parties prenantes, notamment les salariés.

Les chiffres sont sans appel : près d’un quart des entreprises figurant dans le panel ont eu recours à l’endettement pour pouvoir distribuer des dividendes. Cette pratique, qui consiste à emprunter pour récompenser les actionnaires, est jugée particulièrement risquée par les auteurs du rapport, car elle fragilise la structure financière des sociétés concernées à long terme.

Des inégalités salariales qui se creusent

L’étude met également en avant l’écart croissant entre la rémunération des dirigeants et celle des employés. Oxfam prend l’exemple du groupe de distribution Carrefour : son PDG, Alexandre Bompard, a perçu l’an dernier une rémunération 361 fois supérieure au salaire moyen de ses salariés. Ce ratio, loin d’être isolé, illustre selon l’ONG une dynamique générale au sein des grands groupes européens.

Ces données interviennent dans un contexte où le coût du capital est devenu un enjeu central du débat économique sur le Vieux Continent. Les critiques dénoncent un système qui favorise les actionnaires au détriment des investissements nécessaires à la transition écologique, à l’innovation et à la création d’emplois stables.

Un appel à une réforme fiscale

Oxfam, qui milite pour une plus grande justice fiscale, appelle les gouvernements européens à agir. L’ONG préconise notamment une taxation accrue des dividendes et des rachats d’actions, ainsi qu’un encadrement plus strict des rémunérations des dirigeants. Elle estime que ces mesures permettraient de rediriger une partie des fonds vers des politiques publiques sociales et environnementales.

Le rapport intervient alors que les inégalités de patrimoine et de revenus restent à des niveaux très élevés en Europe, malgré une embellie conjoncturelle pour certaines économies. Pour les auteurs, la priorité donnée aux actionnaires n’est pas une fatalité mais le résultat de choix politiques et de gouvernance d’entreprise qu’il est possible d’inverser.