Dix ans après le référendum sur le Brexit, la City, le quartier financier de Londres, affiche une santé inédite. Loin d’avoir été affaiblie par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la place londonienne s’impose toujours comme le principal centre financier du continent, devançant très largement ses rivales, notamment Paris.

Un leadership conforté

Selon plusieurs indicateurs, l’écart entre Londres et les autres métropoles européennes s’est maintenu, voire creusé. Un responsable du secteur financier a résumé la situation en affirmant que « l’Angleterre, c’est quatre fois plus important que la France » en matière de services financiers. Les volumes d’échanges, la capitalisation boursière, le nombre d’emplois qualifiés et la présence d’infrastructures de pointe placent la City au sommet.

Contrairement aux prévisions alarmistes qui annonçaient un exode massif des banques et des fonds d’investissement, Londres a su conserver la plupart de ses acteurs majeurs. Les délocalisations vers Dublin, Francfort ou Paris ont été limitées et n’ont pas entamé la masse critique nécessaire à son rayonnement. La place londonienne bénéficie en outre d’un environnement fiscal attractif, d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et d’un fuseau horaire qui lui permet de capter les flux entre les marchés asiatiques et américains.

Paris progresse, mais reste loin derrière

La capitale française a pourtant profité du Brexit pour renforcer son attractivité. Les autorités françaises ont mis en place des mesures incitatives et simplifié certaines procédures réglementaires pour attirer les établissements financiers. Paris a ainsi gagné des parts de marché dans les activités de trading et de gestion d’actifs.

Cependant, malgré ces progrès, la place parisienne n’a pas réussi à détrôner Londres. Les professionnels du secteur estiment que l’avance historique de la City – liée à la langue anglaise, à un droit des affaires reconnu internationalement et à une culture d’investissement profondément ancrée – demeure un obstacle insurmontable à court ou moyen terme. Paris figure certes parmi les premiers centres financiers européens, mais à une distance considérable de Londres.

Des défis persistants

La suprématie de la City n’est toutefois pas sans fragilités. La perte du passeport financier européen, qui permettait aux établissements britanniques d’opérer librement dans l’UE, a contraint certaines activités à se réorganiser. De plus, la concurrence de New York, qui domine à l’échelle mondiale, et l’émergence de places asiatiques comme Singapour ou Hong Kong pourraient, à terme, réduire le poids relatif de Londres.

Un épisode survenu en 2022 a également montré les limites de sa domination : la City a temporairement perdu sa place de première place boursière européenne au profit d’Amsterdam, avant de la reconquérir. Ce « camouflet » a rappelé que la compétition reste vive et que Londres ne peut pas compter sur ses acquis.

Des atouts pérennes

Malgré ces défis, les atouts structurels de la City paraissent solides. Elle concentre une part prépondérante des activités de change, de dérivés et de financement international. Les grandes banques d’affaires, les assureurs et les fonds d’investissement continuent d’y maintenir leurs quartiers généraux européens. L’écosystème de services associés (cabinets d’avocats, conseil, audit) reste inégalé en Europe.

Les analystes estiment que la City a su s’adapter en se tournant vers les marchés non européens, notamment américains et asiatiques, et en renforçant ses compétences dans les technologies financières. La régulation britannique, plus flexible que celle de l’UE dans certains domaines, a également favorisé l’innovation.

Perspectives

Alors que le dixième anniversaire du référendum de juin 2016 approche, le constat est sans appel : le Brexit n’a pas sonné le glas de la puissance financière londonienne. Les professionnels du secteur prévoient que la City restera la place dominante en Europe pour les années à venir, même si la concurrence avec Paris, Francfort et d’autres pôles devrait s’intensifier.

Pour les autorités britanniques, l’enjeu est désormais de préserver cet avantage concurrentiel en continuant à attirer les talents étrangers et en maintenant un cadre réglementaire favorable, tout en gérant les relations commerciales avec l’Union européenne. La City demeure un moteur essentiel de l’économie du Royaume-Uni.