Dix ans après le référendum sur le Brexit, la City de Londres n’a jamais été aussi puissante. Contrairement aux pronostics qui prédisaient un effondrement de la première place financière européenne, celle-ci a non seulement résisté à la sortie de l’Union européenne, mais a également renforcé sa position dominante sur le Vieux Continent. Plusieurs indicateurs récents confirment que Londres attire toujours l’essentiel des flux financiers et des activités de marché en Europe.
Une santé insolente malgré les pronostics
Selon des données compilées par divers organismes financiers, la City pèse environ quatre fois plus lourd que la place financière de Paris, sa principale concurrente sur le continent. Ce constat, dressé par des analystes, repose sur des critères tels que le volume des transactions boursières, la capitalisation des marchés, le nombre d’emplois dans la finance ou encore la collecte de fonds pour les entreprises. Le Royaume-Uni conserve une avance considérable dans les domaines de la banque d’investissement, de la gestion d’actifs et des marchés de capitaux.
Les craintes d’un exode massif des grandes banques et des fonds d’investissement vers des places comme Francfort, Dublin ou Paris se sont avérées exagérées. Si quelques établissements ont délocalisé certaines activités ou certaines fonctions juridiques, le cœur des opérations est resté à Londres. La profondeur du marché, l’expertise juridique, la maîtrise de la langue anglaise et l’héritage d’un système financier libéral continuent de jouer en faveur de la capitale britannique.
Une « petite humiliation » en 2022
Le parcours de la City n’a pas été sans accroc. Un épisode jugé embarrassant a eu lieu en 2022, lorsque la Bourse de Londres a été dépassée par celle d’Amsterdam en termes de volume d’échanges quotidiens pendant quelques mois. Ce recul temporaire, lié à des changements réglementaires post-Brexit et à une baisse d’activité sur certains produits dérivés, a été présenté par certains comme le signe d’un déclin irréversible. Les autorités britanniques ont depuis réformé en profondeur le cadre réglementaire pour assouplir les règles et attirer davantage de cotations et de transactions. Ces mesures ont permis de reprendre la première place.
Les marchés financiers britanniques se sont également adaptés aux nouvelles contraintes douanières et réglementaires. Le gouvernement a mis en place une politique de compétitivité fiscale et réglementaire pour séduire les acteurs internationaux. La City a su tirer profit de son indépendance pour conclure des accords bilatéraux avec de grandes places asiatiques et nord-américaines, renforçant ainsi son rôle de hub mondial.
Paris progresse, sans menacer Londres
De son côté, Paris a connu une progression notable depuis le Brexit. La place financière française a profité de la décision de plusieurs grandes banques américaines et européennes de renforcer leurs équipes parisiennes. Des institutions comme la Banque de France ou l’Autorité des marchés financiers ont œuvré pour rendre l’environnement réglementaire plus attractif. Des réformes fiscales et du droit du travail ont également été menées pour séduire les cadres et les entreprises.
Cette dynamique a permis à Paris de gagner des parts de marché, notamment dans les domaines de la banque d’affaires, des fusions-acquisitions et de la gestion de fortune. La capitale française a notamment attiré plusieurs spécialistes du trading et des dérivés. Toutefois, selon les observateurs, cette progression reste modeste en comparaison de l’écrasante avance de Londres. La France pèserait, dans les classements cumulés, environ un quart de la masse financière londonienne.
Un contraste saisissant
Le contraste est saisissant : alors que Paris capitalise sur le Brexit pour renforcer sa place, Londres démontre sa capacité à rester incontournable. Les analystes estiment que le statut de la City repose sur des avantages structurels difficiles à déplacer : une concentration unique de talents, une stabilité juridique reconnue, un fuseau horaire idéal entre l’Asie et les États-Unis, et un écosystème de services (cabinet d’avocats, conseil, audit) qui n’a pas d’équivalent en Europe.
Les partisans du Brexit avancent que cette résilience prouve que la sortie de l’Union européenne n’a pas nui aux intérêts financiers du pays. Les opposants, eux, soulignent que la performance de la City ne doit pas masquer les difficultés économiques générales du Royaume-Uni, qui a perdu en attractivité pour certains secteurs industriels et dont la croissance reste inférieure à celle de ses voisins européens.
L’avenir de la finance européenne
L’enjeu pour l’Union européenne est désormais de savoir si elle parviendra à créer une véritable union des marchés de capitaux capable de concurrencer Londres. Les discussions à Bruxelles progressent lentement, freinées par les divergences entre États membres. Paris, Francfort, Amsterdam et Dublin se livrent une concurrence pour attirer les activités financières, sans parvenir à s’unir pour former un pôle unique.
La City, elle, continue d’innover, notamment dans les domaines de la finance verte et des cryptoactifs, où elle a adopté des cadres réglementaires pionniers. Les autorités britanniques affichent leur volonté de faire de Londres la capitale mondiale de la finance durable et numérique. Dix ans après la décision historique de quitter l’Union, la place financière de Londres prouve qu’elle n’a pas perdu son aura, même si les défis du monde multipolaire se multiplient.