Le bras de fer entre Washington et Madrid prend une nouvelle dimension. Donald Trump a déclaré vouloir « cesser tout échange commercial avec l’Espagne », justifiant cette décision par l’insuffisance de la participation espagnole au financement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Cette annonce intervient dans un climat déjà tendu par les divergences sur la gestion du conflit au Moyen-Orient.
Une « cause perdue » selon le président américain
Lors d’une intervention publique, le président américain a qualifié l’Espagne de « cause perdue », en référence à son niveau de dépenses de défense. Depuis plusieurs années, les États-Unis pressent leurs alliés européens d’atteindre l’objectif fixé par l’OTAN, à savoir consacrer 2 % de leur produit intérieur brut à la défense. Madrid se situerait en deçà de ce seuil, ce qui suscite l’ire de l’administration américaine.
« L’Espagne est une cause perdue », a affirmé Donald Trump, avant d’ajouter qu’il allait « cesser tout échange commercial » avec le pays. La formulation laisse entendre une rupture économique complète, sans que la portée ni le calendrier n’aient été précisés. Aucune mesure concrète n’a été détaillée à ce jour, mais la menace est clairement brandie.
Le contexte moyen-oriental en toile de fond
Cette sortie n’est pas uniquement motivée par la question des budgets militaires. La position de l’Espagne dans le conflit au Moyen-Orient semble également avoir irrité Washington. Madrid a récemment adopté des positions jugées trop critiques à l’égard d’Israël et trop favorables à une solution diplomatique incluant un cessez-le-feu rapide, en décalage avec la ligne dure de l’administration Trump. L’agacement du président américain à l’encontre du gouvernement espagnol est ainsi double : financier et politique.
Le dossier de la contribution espagnole à l’OTAN n’est pas nouveau. L’Alliance atlantique demande à ses membres d’augmenter leurs budgets militaires depuis le sommet de Galles en 2014. Si plusieurs pays, dont la Pologne ou les États baltes, ont dépassé l’objectif des 2 %, d’autres, comme l’Espagne, peinent à rattraper leur retard. Madrid s’est engagée à y parvenir d’ici la fin de la décennie, mais les progrès sont jugés trop lents par Washington.
Des conséquences économiques potentiellement lourdes
Une interruption totale des échanges entre les États-Unis et l’Espagne représenterait un choc pour les deux économies. Les exportations espagnoles vers les États-Unis concernent des secteurs clés : biens d’équipement, agroalimentaire (huile d’olive, vin), produits chimiques et automobile. De leur côté, les entreprises américaines implantées en Espagne, notamment dans les technologies de l’information et l’industrie pharmaceutique, seraient également affectées.
Les milieux d’affaires espagnols ont immédiatement exprimé leur inquiétude face à cette annonce, même si aucune procédure officielle n’a encore été lancée. La chambre de commerce hispano-américaine a appelé à la retenue et au dialogue, soulignant les liens économiques étroits tissés depuis des décennies.
Un précédent dans la politique trumpienne
Cette menace s’inscrit dans une pratique bien connue de Donald Trump qui utilise régulièrement l’arme commerciale pour faire pression sur des partenaires jugés récalcitrants. Durant son premier mandat, il avait imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’Union européenne, provoquant des représailles européennes. La mise en œuvre d’une rupture totale des échanges avec un allié de longue date serait toutefois une première et marquerait une escalade significative dans les relations transatlantiques.
La réaction de Madrid n’a pas tardé. Le gouvernement espagnol a convoqué une réunion de crise pour évaluer l’impact potentiel de cette déclaration. L’exécutif espagnol juge cette menace « infondée » et rappelle que le pays a déjà augmenté ses dépenses de défense de manière substantielle ces dernières années, tout en respectant ses engagements européens et atlantiques.
Quelle suite diplomatique ?
L’Union européenne suit de près ce dossier, consciente que la décision américaine pourrait créer un précédent dangereux pour d’autres États membres également en retard sur l’objectif des 2 %. Bruxelles privilégie une approche discrète mais ferme, rappelant que toute mesure commerciale unilatérale serait contraire aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Pour l’heure, les chancelleries tentent d’évaluer si cette annonce est une menace réelle ou un coup de semonce destiné à accélérer les réformes budgétaires espagnoles. Les prochains jours diront si Washington passe à l’acte ou si Madrid accepte de revoir ses priorités financières pour éviter une confrontation économique majeure.